Mobilité urbaine



Selon Jan Gehl, architecte et designer urbain danois, le XXe siècle s’est édifié en s’appuyant sur deux paradigmes : celui de la modernité d’une part, et celui de la place massive accordée à la voiture (car invasion) d’autre part. Or, ces deux visées de développement amorcées autour des années 1960 ont laissé de côté un élément bien important de l’avancement de nos agglomérations : l’individu comme acteur social.

Pourtant, en l’absence de ses citoyens, la vie citadine perd une grande partie de son sens social. Selon Gehl, il est ainsi primordial de repenser et de reconstruire les villes à une échelle plus humaine. Ce rôle revient en partie aux ur-banistes et architectes, mais implique aussi d’autres acteurs tels que les sociologues, les travailleurs de milieux, les citoyens et les élus. Nous sommes tous concernés par notre environnement : nous en dépendons. D’ailleurs dans ce numéro, à la page 35, le sociologue Emiliano Scanu décortique cet aspect.

En construisant des ponts théoriques entre l’architecture et les sciences sociales, les designers du territoire, comme Jan Gehl ou Jérôme Lapierre (qui a appris du premier), redonnent de l’importance à la place qu’occupent les gens dans l’espace public. En modifiant les idéaux des paysagistes urbains, ils rendent visibles des enjeux sociaux dont les représentations sont, depuis quelques années, refoulées à la périphérie des espaces publics. Un parc de quartier aménagé avec des bancs sans dossier peut, par exemple, faire en sorte que les sans-abris soient plus enclins à choisir de s’y allonger (c’est-à-dire de détourner la fonction du mobilier, pour le faire passer du banc au lit) et ainsi, dévoiler un phénomène social comme celui de l’itinérance.

Considérant que les fondations d’une nouvelle ère de développement social sont coulées, il n’en tient qu’à nous d’en solidifier la structure en faisant entendre notre voix dans la sphère politique.

C’est pourquoi Photo|Société a choisi, le temps d’un numéro, de s’attarder à la mobilité urbaine. Si ce thème est idéal pour réintroduire l’individu dans nos réflexions entourant la ville, il représente aussi une opportunité de s’inspirer des meilleures pratiques, des bons coups et des réussites de tout un chacun pour améliorer notre propre environnement urbain. Pour se faire, on amorce notre réflexion au grand air avec une balade à vélo dans les rues d’Amsterdam.

Au détour des articles, portez attention à l’influence des infrastructures sur nos manières de se déplacer, à la mutation des moyens de transport et aux obstacles à la mobilité qui jalonnent nos déplacements.