Ce numéro propose une réflexion sur l’alimentation perçue comme un danger pour le corps, c’est-à-dire ces aliments dans lesquels se logent insidieusement de vilaines calories et de mauvais gras qui n’attendent que le moment approprié pour se manifester.

La section Focus met l’accent sur des concepts qui sous-tendent les interventions de la médecine, de la santé publique et des nutritionnistes qui se déclinent par le gouvernement de soi, la contenance de soi et la gouvernance de soi. Ce qui guette avant tout l’individu, c’est bien cette crainte de l’amollissement qui peut être contrôlée par des outils comme la mode, le miroir, le pèse-personne, et l’indice de masse corporelle.

La section Scènes de rue s’attarde avant tout à montrer comment le concept de la cuisine de rue a été investi par la tendance foodie. Nous sommes désormais très loin de la traditionnelle roulotte à patates frites, et même si les camions de rue servent des frites, ils le font avec une certaine classe culinaire qui les font désormais passer pour des aliments quasi santé.

La section Société, pour sa part, explore différents aspects de l’alimentation et du corps bien alimenté. Tout d’abord, l’historien Alex Richer traite des pratiques sociales alimentaires au Moyen-Âge sources de stratification sociale. La sociologue Diane Tyburce nous entretient de la question du poids social du corps, c’est-à-dire sa normalisation invisible et son contrôle. Le sociologue Pierre Fraser montre comment l’œuf, ennemi public numéro des problèmes cardiovasculaires pendant plus de cinquante ans, est soudainement passé du statut d’aliment malsain à celui de malsain au tournant du second millénaire. Finalement, le sociologue Olivier Bernard décrit comment il est possible d’optimiser le corps à travers la pratique d’un art martial.

La section Arrêt sur image commence tout d’abord par démonter la logique visuelle utilisée sur la boîte qui contient un Big Mac. Par la suite, il est décrit comment le design tente de reproduire le plaisir que nous avions tous, pendant notre petite enfance, à manger avec nos mains. Finalement, un petit texte critique sur l’illusion foodie, celle qui nous fait croire qu’il est possible de retourner à une cuisine traditionnelle cuisinée par nous-même et ce qu’elle implique socialement parlant.