Photo | Société / vol. 2, n° 1

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La géographie des villes est aussi géographie sociale. D’une part, il y a le réseau visible de la ville et de ses transports, de ses bâtiments, de ses rues et de ses boulevards, de sa signalisation et de ses feux de circulation, de ses quartiers et de ses citoyens actifs. D’autre part, il y a le réseau invisible, sous-jacent, en épaisseur, comme une sorte de ville parallèle, un monde à la marge repérable par un œil exercé, le réseau social en quelque sorte qui, avec ses repères, ses parcours et ses territoires, détermine des façons d’être. Ce numéro de « Photo | Société » veut montrer comment la topographie des villes inscrit des enclaves sociales, comment elle suggère des comportements et des attitudes, comment elle régule le flux du transport, comment elle distribue l’énergie, comment elle consomme, comment elle se divertit, comment elle construit des réseaux d’entraide.

Ce numéro propose une réflexion sur la ville et ses contrastes. Certes, il est impossible de faire le tour d’un sujet aussi complexe à travers le truchement de l’image. Conséquemment, nous avons dû effectuer des choix parmi tous les textes reçus. C’est ainsi que nous avons principalement retenu le texte de Normand Boucher (IRDPQ) et de son équipe à propos de la relation que la ville entretient avec ses citoyens handicapés, comme nous avons également retenu le texte de Valérie Harvey sur la ville de Kyoto, qui nous permet de voir comment cette réalité urbaine conditionne le comportement des citoyens, comment la tradition est constamment confrontée à la modernité.

Pour ce numéro, la section « Focus » met l’accent sur la géométrie sociale, les franges visuelles urbaines et les repères visuels codifiés et normalisés par l’usage. Dans un premier temps, la géométrie physique des édifices et des rues est aussi géométrie sociale. Il y a le réseau visible de la ville et de ses transports, de ses bâtiments, de ses rues et de ses boulevards, de sa signalisation et de ses feux de circulation, de ses quartiers et de ses citoyens actifs. D’autre part, il y a le réseau invisible, sous-jacent, en épaisseur, comme une sorte de ville parallèle, un monde à la marge repérable par un œil exercé, le réseau social en quelque sorte qui, avec ses repères, ses parcours et ses territoires, détermine des types de postures et de vêtements. Deuxièmement, la frange visuelle urbaine prend généralement la forme d’un terrain en friche ou d’un bâtiment à l’abandon. Ses limites sont à la fois précises et imprécises. Précises, dans le sens où elles sont géographiquement circonscrites. Imprécises, dans le sens où elles ne sont pas tout à fait socialement circonscrites, c’est-à-dire dont la fonction sociale n’est pas clairement déterminée. Troisièmement, le repère visuel codifié et normalisé par l’usage signale et permet non seulement de guider nos déplacements et d’orienter nos actions, mais aussi de normaliser nos comportements, nos conduites, nos jugements, nos attitudes, nos opinions, nos croyances. Cette normalisation, véhiculée par les repères visuels, consiste à différencier ce qu’il convient ou non de faire en fonction de leur désirabilité du point de vue du groupe qui génère la norme.

La section « Arrêt sur image » s’attarde tout d’abord à montrer, avec la sociologue Lydia Arsenault, comment le phénomène de revitalisation se voit et se présente. Autrement, Olivier Bernard, explique comment le corps est récupéré par l’industrie de l’image pour vendre des formations liées à augmenter les capacités du corps.

© Photo de la couverture : Pierre Fraser