Cahier 2 – Le corps remodelé

Étant donné que Les cahiers de Photo|Société ne bénéficient d’aucune subvention de recherche, nous apprécions toujours que les gens puissent contribuer à nos efforts de publication par un petit montant pour la version électronique, mais qui est pour nous d’une grande importance.

Amazon / Télécharger / Visionner en ligne
Contribution (2,50 $ / 2,00 / 1,75 £)

Dans ce second numéro des Cahiers de Photo|Société, le sociologue Olivier Bernard montre et explique comment le corps, désormais devenu cette ultime identification à soi, peut parfois être l’objet de profondes transformations. En se fondant sur les expériences de deux jeunes femmes, il arrive à démontrer comment cette idée du corps transformé traverse aussi la société dans son ensemble.

Les projets de transformation du corps par l’alimentation, l’activité physique et la chirurgie traduisent une logique consumériste où le corps performant, beau, découpé, mince, svelte et musclé le qualifie et le quantifie comme valeur marchande dans le monde de l’emploi, des relations personnelles et de l’amour. Le travail de la médecine, quant à lui, s’est graduellement déplacé depuis une médecine qui guérit vers celui d’une médecine qui vise à la construction et l’élaboration d’un corps optimal et en santé pouvant défier le vieillissement. La mondialisation du capitalisme, quant à elle, dans sa logique du juste à temps, exige des corps de plus en plus flexibles en mesure de s’adapter aux heures de travail de plus en plus décalées où l’individu est de plus en plus entrelacé dans les milliers de fils invisibles de la communication qui le relient constamment au travail.

Au final, l’évangile de l’épanouissement dans une main, le culte de la performance dans l’autre, notre époque exige des corps transformés, optimisés, efficaces et agiles. Peu importe la nature de la transformation imposée au corps, la transformation s’impose à qui le veut bien, car l’individu se sent non seulement constamment confronté à sa propre finitude, mais il se sent surtout confronté à un horizon de la peur qui se rapproche de plus en plus, comme si tous les tests de dépistage et toutes les technologies d’imagerie médicale disponibles n’étaient là que pour révéler le mal qui sévit dans le corps sans pour être autant totalement en mesure de l’éradiquer. Ce faisant, il vaut peut-être mieux transformer le corps plutôt que le laisser naturellement dépérir et dégénérer, donnant ainsi l’impression que chacun d’entre nous dispose d’un quelconque pouvoir sur celui-ci.