Photo|Société est une revue de sociologie visuelle dirigée par une équipe éditoriale composée de chercheurs provenant de différentes disciplines. Sa mission est de rendre compte des réalités sociales qui traversent et travaillent nos sociétés à travers l’image.

      

   



Ce numéro de Photo|Société a tout d’abord comme but de fournir au lecteur une grille d’analyse de la notion de saine alimentation. Une fois cette gille présentée, un prochain numéro de Photo|Société décortiquera différentes présentations visuelles de la saine alimentation qui conditionnent en bonne partie nos comportements. Dans ce numéro, quatre notions seront abordées : affirmation santé, prétention santé, nutrition positive, nutrition négative.

Affirmation santé
Consommer un aliment dont les propriétés préventives et curatives ont été scientifiquement et rigoureusement démontrées à travers des études cliniques à grande échelle en double aveugle. Rares sont les aliments entrant dans cette catégorie.

Prétention santé
Consommer un aliment quelconque pour prévenir le développement d’une affection, ou d’améliorer la santé, ou de contribuer à maintenir la santé. À l’inverse de l’affirmation santé, la prétention santé extrapole.

Nutrition positive
Type de nutrition promue avant la Framingham Heart Study qui, sans proscrire tel ou tel aliment, en révèle plutôt les apports nutritifs pour le corps.

Nutrition négative
Type de nutrition qui identifie et proscrit, celle qui délimite la frontière entre le sain et le malsain, plutôt que celle qui suggère la santé. La nutrition négative est en lien direct avec la prétention santé.

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Ce numéro veut rendre compte du fait que la géométrie physique des édifices et des rues est aussi géométrie sociale. D’une part, il y a le réseau visible de la ville et de ses transports, de ses bâtiments, de ses rues et de ses boulevards, de sa signalisation et de ses feux de circulation, de ses quartiers et de ses citoyens actifs. D’autre part, il y a le réseau invisible, sous-jacent, en épaisseur, comme une sorte de ville parallèle, un monde à la marge repérable par un œil exercé, le réseau social en quelque sorte qui, avec ses repères, ses parcours et ses territoires, détermine des types de postures et de vêtements. La frange visuelle urbaine, quant à elle, prend généralement la forme d’un terrain en friche ou d’un bâtiment à l’abandon. Ses limites sont à la fois précises et imprécises. Précises, dans le sens où elles sont géographiquement circonscrites. Imprécises, dans le sens où elles ne sont pas tout à fait socialement circonscrites, c’est-à-dire dont la fonction sociale n’est pas clairement déterminée.

Partant de ces deux concepts visuels, la sociologue Valérie Harvey invite à explorer, à travers la photographie, la géométrie physique et sociale de la ville de Kyoto. Le réseau de transport et les rivières qui traversent Kyoto, tracent, sans le réaliser, un portrait de la population qui l’habite. De cette organisation sociale revisitée en photos, on retrouve l’harmonie tradition-modernité, le rapport à l’intimité et à la pauvreté des Kyotoïtes. Finalement, l’équipe de l’IRDPQ, dirigée par le chercheur Normand Boucher, montre, avec photos à l’appui, que les réseaux routiers et piétonniers, les artères urbaines qu’empruntent les citoyens, les citadins, les habitants de la ville pour leurs déplacements, structurent l’organisation de la ville et contribuent à la configuration des rapports sociaux qui s’y déploient entre les individus et les groupes. Ainsi, les aménagements requis pour un transport collectif garantissant l’accessibilité physique impliquent le formatage d’un ensemble d’éléments tantôt informationnels tantôt technologiques.

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Ce cahier vise à montrer comment l’Art intègre la notion de repère visuel et comment elle parvient à le travailler socialement et à faire en sorte qu’il devienne pour chacun d’entre nous ce qui fait sens, que ce soit dans un musée d’art contemporain ou dans les dessins de Franz Kafka.

Ce qu’il y a de pertinent dans la démarche de Lara Docquier, c’est qu’elle arrive non pas seulement à montrer, mais surtout à démontrer que le musée est un territoire visuel pensé et travaillé, au sein duquel des parcours visuels et des réseaux visuels sont proposés par les organisateurs de l’exposition, où le chemin des visiteurs y est plus ou moins déterminé dans le but d’infléchir le sens de leur visite.

Pour sa part, Louis Lemonon analyse les dessins de Franz Kafka et précise que « dans ses dessins, Kafka sélectionne ce qui doit être vu, afin de montrer quelque chose. Il ne s’embarrasse pas de détails, d’horizon, d’environnement. Le dessin fait ressortir les éléments auxquels le dessinateur donne du sens. C’est une pensée épurée de ce qui n’a pas une importance notable pour le créateur où l’œil n’est en rien distrait par un surplus d’informations. En dessinant, c’est un morceau de réalité qu’il met en lumière », et cette réalité, celle de Kafka, à travers tous ces repères visuels, se décrypte en réseau. Et c’est là où l’intuition de Lemonon vise juste, car si on se réfère à la définition d’un réseau visuel — un réseau visuel est constitué de repères visuels propres à certains réseaux sociaux (culturel, religieux, politique, financier, commercial, judiciaire, éducatif) permettant leur identification et leur localisation dans le but de déclencher une action —, il faut d’emblée reconnaître que tous les dessins de Kafka renvoient à tous ces réseaux sociaux.

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Parce que la consommation est un phénomène social qui nous touche tous, Photo|Société a choisi de faire une analyse de cette habitude collective en portant une attention particulière à l’influence qu’elle a sur nos représentations sociales. Comme le soulignait Benoît Duguay en 2005, « Nous ne sommes plus des individus composants une société, nous sommes réduits à l’état de consommateurs qui doivent acheter un maximum de biens et services pour se sentir vivre. » Douze années plus tard, notre propension à consommer n’a souffert d’aucun ralentissement. Qui plus est, même si nous savons que notre rythme de consommation est néfaste pour l’avenir de l’humanité, nous continuons à acheter, toujours davantage.

Dans ce numéro, les chercheures Manon Niquette et June Marchand proposent une analyse concernant le médicament qui est plus qu’un bien de consommation. Par exemple, le soulagement apporté par les analgésiques ne se limite pas à une diminution de la douleur ou un accroissement de capacités physiologiques. Il participe aussi d’un désir de mieux contribuer, lutter, briller, coopérer, servir, attaquer, aimer, etc.

Le sociologue Olivier Bernard explique comment le désir de transformer le corps, chez la femme, participe au processus global de consommation du désir d’être soi. Le sociologue Pierre Fraser et le philosophe Georges Vignaux, pour leur part, expliquent pourquoi consommer est avant tout une logique du statut social.

Finalement, il ne suffit plus d’engager un employé, mais d’engager un super employé. Après le discours de l’entrepreneuriat, qui décrète qu’il faut être entrepreneur de soi-même, architecte de sa vie et maître de son destin, voilà que l’employé, celui qui vit du salariat, se doit d’être aussi « super » que son employeur. C’est par ce passage obligé que passe désormais pour certains individus la consommation de soi.

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Dans ce numéro, le sociologue Olivier Bernard montre et explique comment le corps, désormais devenu cette ultime identification à soi, peut parfois être l’objet de profondes transformations. En se fondant sur les expériences de deux jeunes femmes, il arrive à démontrer comment cette idée du corps transformé traverse aussi la société dans son ensemble. La première jeune femme, Marie-Claude Bourbonnais, designer et cosplayer, explique comment la transformation de son corps par la chirurgie lui a permis de retrouver l’estime de soi. La seconde jeune femme, Mélodie Breton, athlète accomplie, est reconnue, entre autres, pour se passionner de plusieurs disciplines sportives et artistiques et disciplines liées aux arts martiaux.

Ce que ce cahier cherche à montrer, c’est bel et bien ce que Bernard Andrieu a décrit comme le corps entièrement culturel, à savoir que « le but est de faire du corps un environnement, comme la nature, c’est-à-dire de vivre dans un corps qui serait entretenu, dominé par des régimes diététiques, par des efforts. Le corps devient donc une construction sociale, dans lequel on peut incorporer ce que le sociologue Marcel Mauss appelait les techniques du corps, ce que Pierre Bourdieu nommait l’habitus, c’est-à-dire des habitudes, des gestes, des postures qui traduisent la culturalité du corps. Ce qui fait la singularité de chacun d’entre nous, c’est que nous avons incorporé ces habitudes-là. En prenant conscience de leurs habitudes culturelles, certains créent des cultures, tels les surfeurs ou les adeptes des rave parties. Chacun va vouloir développer sa propre culture corporelle, avec une motricité, une mobilité, un langage, des postures, une façon de s’habiller, etc. »

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