De l’utilité de la sociologie visuelle et du documentaire

Permettez-moi, en ce matin de juillet ensoleillé, de vous faire part d’une brève réflexion concernant la sociologie visuelle.

Ce n’est qu’hier en fin d’avant-midi, le 10 juillet 2019, après plus de 5 ans à comprendre les tenants et les aboutissants de la sociologie visuelle, que j’en ai mesuré toute la portée lors d’un tournage portant sur la conservation du patrimoine religieux au Québec.

Non seulement la sociologie visuelle est-elle une sociologie de terrain, mais elle est aussi une sociologie qui permet de révéler les mécanismes sociaux qui meuvent les gens.

Au cours des dernières années, j’ai tellement entendu de critiques négatives à propos de la sociologie visuelle, que j’en suis parfois venu à douter de mes propres convictions en la matière. Pour certains, la sociologie visuelle aurait un problème épistémologique, pour d’autres il serait d’ordre ontologique, et pour quelques-uns, elle ne serait qu’un pur divertissement qui n’aurait aucun fondement scientifique. Certains collègues me disent même de me recentrer et de me mettre à une véritable pratique sociologique.

Malgré toutes ces critiques, hier, j’ai compris pourquoi je fais de la sociologie visuelle. En fait, un documentaire peut être aussi rigoureux qu’un article scientifique de 25 pages s’il est fait dans les règles de la méthodologie de notre discipline (la sociologie), et rejoindre beaucoup plus de gens. En tant que sociologue, notre rôle n’est-il pas de comprendre les mécanismes qui nous meuvent et de rendre cette analyse accessible au plus large public possible ? On peut, certes, faire comme certains de nos collègues, dénoncer telle ou telle inégalité (n’importe qui peut le faire), mais les expliquer, ça c’est une autre chose.

Quand je tourne et que je cumule du matériel pour un documentaire, j’obtiens là des données de terrain intéressantes et éventuellement pertinentes pour la construction d’une trame narrative rigoureuse fondée sur des réalités que vivent les gens. Et ces données permettent de montrer, de démontrer, d’analyser, de produire des hypothèses, et éventuellement de révéler tout le travail qui reste à faire pour bien comprendre un phénomène social en particulier.

Finalement, lors de la première projection publique d’un documentaire, quel n’est pas le plaisir de voir le produit final visionné par plus de 300 personnes ? Quel n’est pas aussi le plaisir de participer à la table ronde après le documentaire, d’entendre les commentaires, et de se dire qu’il y a encore tant à faire ?

C’était donc mon plaidoyer en faveur de la sociologie visuelle !

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue et cinéaste / 2019

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