Vert, bio et zéro déchet, l’essor du supermarché éthique

  Zéro-Déchet   

Sociofinancement du documentaire « Objectif Zéro-Déchet »

Dans les supermarchés qui bannissent le plastique, luttent contre le gaspillage alimentaire et nourrissent les affamés, il y a là une tendance de fond qui n’est pas à négliger.

Partout dans le monde, une nouvelle vague de supermarchés à faible impact environnemental nous encourage à repenser notre consommation de produits et à nous engager écologiquement dans nos propres espaces publics locaux.

Les pionniers derrière ces entreprises locales cherchent un nouveau modèle économique, un modèle qui défend la communauté, embrasse l’environnement, et remplace le consumérisme aveugle par l’empathie et la compassion pour l’environnement. Ils prônent le commerce et l’approvisionnement de proximité, interdisent les sacs de plastique, n’installent pas de caisses en libre-service, minimisent les emballages, éliminent les déchets de façon drastique, réduisent autant que faire se peut leur empreinte carbone.

Par exemple, les supermarchés britanniques jettent chaque année au moins 115 000 tonnes de nourriture en parfait état, tandis que plus de 8 millions de personnes luttent pour mettre de la nourriture sur leur table. Le Real Junk Food Project s’attaque à ce paradoxe honteux. Depuis 2012, il s’assure que la nourriture arrive dans les mains de ceux qui ont faim, plutôt que dans le fond des poubelles. Après avoir lancé un réseau de cafés payants dirigés par des bénévoles, ils ont étendu leur modèle d’économie de surplus à l’atelier, ouvrant l’un des premiers supermarchés de déchets alimentaires, dans un entrepôt situé à Leeds. Bien que l’« antisupermarché » aide principalement les personnes à faible revenu, les responsables du projet croient qu’il devrait être accessible à tous. En fait, si on dispose d’un environnement inclusif, on diminue d’autant la stigmatisation sociale, parce qu’il faut ne jamais oublier que se nourrir est un droit humain fondamental.

La philosophie de vie « zéro déchet » s’inscrit dans cette grande mouvance qu’est l’écologisme — assainir nos milieux de vies et normaliser l’ensemble de nos comportements individuels et collectifs. Le zéro-déchet nous propose essentiellement de réduire la quantité de déchets produits ainsi que notre consommation afin de gaspiller le moins possible. Il s’agit de refuser ce dont nous n’avons pas besoin, à réduire ce dont nous avons besoin, à réutiliser ce que nous consommons, à recycler ce que nous ne pouvons ni refuser, ni réutiliser, à revaloriser ce qui a déjà servi, et finalement, à composter tout le reste. Au-delà de ce quel l’individu peut faire par lui-même, ce n’est pas seulement une remise en question des processus industriels qui est ici convoqué, mais bien une remise en question de notre mode de vie dans son ensemble.

Autre exemple, le supermarché danois Wefood fournit un service similaire. Les articles excédentaires sont vendus de 30 à 50 % moins chers que dans les supermarchés normaux. Depuis son ouverture en janvier 2016, la formule s’est avérée un franc succès, captant à la fois le cœur, l’esprit et la bouche du public danois. Il est même prévu d’ouvrir deux autres magasins d’ici 2020. En fait, pour beaucoup de gens, il s’agit d’une façon positive et politiquement correcte d’aborder la question du gaspillage alimentaire.

Au Royaume-Uni, si l’on en croit la récente taxe sur les sacs en plastique (l’utilisation a chuté de plus de 85 %), des changements significatifs dans le comportement des consommateurs, en masse, sont possibles. À Berlin, le supermarché zéro déchet Original Unverpackt, financé par tous les coopérants, fait passer les choses à la vitesse supérieure. Tout ce qu’ils stockent — savon, vin, pâtes, dentifrice, etc. — est vendu dans de grands contenants. Les consommateurs sont encouragés à éviter les emballages inutiles en remplissant leurs propres pots réutilisables et sacs fourre-tout.

En France, la petite chaîne de magasins Day-by-Day, a également mis en place ce modèle d’achat en gros où le pré-cyclage permet d’éliminer les déchets avant même leur prolifération. Une cliente, à propos de la succursale du 7e arrondissement de Paris, a même souligné : « Super accueil et conseils de Laurent, j’ai apprécié faire mes courses en toute tranquillité avec son aide sans être jugée sur le zéro déchet. Je vous conseille vivement d’y faire un tour! A bientôt . »

Pour sa part, le commerce The Fillery, de Brooklyn, promet des produits alimentaires « bons pour le consommateur et la planète », dont l’objectif principal est de réduire les emballages et les déchets alimentaires, afin de fournir à la communauté, non seulement les outils nécessaires pour vivre de façon plus durable et plus saine, mais aussi la compréhension de la façon de le faire le plus efficacement possible.

À l’ère des achats en ligne et des caisses en libre-service, les supermarchés grand public sont rapidement devenus des espaces sans charme, sans âme et sans convivialité. Avec la fermeture de nombreux points de connexion physiques, les supermarchés pourraient avoir la capacité de générer de la valeur sociale et de renforcer les communautés. Ces nouveaux magasins libèrent ce potentiel. Cependant, certains supermarchés ont décidé de passer à l’action. Le supermarché de Brighton, hisBe, qui dit vouloir « servir les intérêts des personnes et de la communauté d’abord », fonctionne comme une coopérative. Cela signifie que tous leurs profits sont utilisés pour le bénéfice de la communauté plutôt que pour un avantage privé. Avec un slogan qui clame « Nous sommes votre supermarché local. Nous enfreignons toutes les règles et réinventons la façon dont les supermarchés font des affaires. Si vous êtes dans le coin, venez voir et sentir nos tomates », il y a là tout un discours environnementaliste qui s’est développé et qui a de bonnes chances d’atteindre de plus en plus de gens.

En résumé, du soutien aux fournisseurs locaux à l’organisation d’ateliers, d’événements et de projections inclusifs, ces magasins transforment la consommation passive en participation active où les clients peuvent se rencontrer, partager et discuter.

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Sociofinancement du documentaire « Objectif Zéro-Déchet »

 

© Texte, Roxane Johnston, 2019
© Photo entête, Day-by-Day

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