Arbres en milieu urbain et niveaux de revenu

Verdir la ville  

Sociofinancement du documentaire « Verdir la ville un arbre  la fois »

Une étude révèle une forte corrélation entre le niveau de revenu et la couverture de la canopée. Mais la solution ne se limite pas à la plantation d’arbres supplémentaires.

Les chercheurs ont maintenant bien établi les avantages des arbres dans les quartiers urbains. Les arbres sont généralement corrélés avec une amélioration de la santé. Ils atténuent l’effet d’îlot de chaleur urbain et réduisent les factures d’énergie, sans compter qu’ils augmentent la valeur globale des propriétés.

Mais la façon dont les arbres et leurs avantages sont répartis dans les quartiers est compliquée. Une nouvelle étude publiée dans PLOS ONE offre un regard provocateur à travers plusieurs villes américaines sur les quartiers les plus susceptibles d’avoir un couvert forestier urbain (UTC). L’argent ne pousse peut-être pas sur les arbres, écrivent les auteurs, mais d’une certaine façon, les arbres poussent sur l’argent.

Suffit-il seulement de planter des arbres pour redonner de l’oxygène à la ville ? Même si la chose semble tomber sous le sens, il importe de se poser la question. Le dossier du verdissement des villes est plus complexe qu’il ne semble à prime abord. Planter des arbres en milieu urbain c’est non seulement reverdir la ville, mais c’est aussi remettre en question le modèle urbain imaginé au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Revitaliser les quartiers centraux, végétaliser la ville, accroître la canopée urbaine, séquestrer la carbone, réduire les effets induits par les ilots de chaleur, absorber les particules polluantes, favoriser l’agriculture urbaine, stimuler l’économie, réduire les inégalités sociales en termes de qualité de vie, ne sont là que quelques aspects que recouvre le verdissement des villes.

Dirigés par Kirsten Schwarz, professeure adjointe de biologie à la Northern Kentucky University, les chercheurs ont utilisé des données à haute résolution sur la couverture terrestre et des données de recensement pour étudier la distribution des arbres en fonction de la race et du revenu à Baltimore, Los Angeles, New York, Philadelphie, Raleigh, Sacramento, et Washington, DC.

La recherche de Schwarz est parmi les premières à calculer, de façon comparative, ce qui est le plus fortement corrélé avec la densité et la distribution des arbres dans plusieurs villes. Les études antérieures qui ont examiné le couvert forestier et les variables socioéconomiques se sont surtout concentrées sur des villes isolées. Des recherches ont également montré que les Afro-Américains, les Hispaniques et les Latino-Américains sont plus susceptibles que les Blancs de vivre dans des quartiers très vulnérables à l’effet d’îlot de chaleur urbain – qui est lié à la couverture UTC, puisque les arbres ombragés peuvent l’atténuer.

En effet, Schwarz et ses collègues ont émis l’hypothèse qu’ils trouveraient une forte corrélation négative entre les quartiers minoritaires et le couvert forestier urbain. Dans certains endroits, comme Los Angeles et Sacramento, ils ont retrouvé le même phénomène. Mais dans d’autres villes ― Baltimore, Philadelphie et New York ― ce ne fut pas le cas. Dans les sept villes, le lien le plus fort était le niveau de revenu, et non la race. Les quartiers les plus riches sont donc plus susceptibles d’avoir des arbres plus nombreux et plus denses.

Une carte illustrant le pourcentage de la population qui s’identifie comme étant noire (panneau de gauche) et le pourcentage de la couverture UTC pour Sacramento City, CA (panneau de droite). (PLOS ONE)

La raison pour laquelle les arbres de certaines villes ont des corrélations plus fortes entre les lignes raciales pourrait avoir quelque chose à voir avec le climat. En fait, dans les régions plus tempérées, un arbre poussera de lui-même si on ne s’en préoccupe pas, mais dans les zones plus arides, ce n’est pas forcément le cas. À ce titre, dans les climats plus secs, comme ceux de Los Angeles et de Sacramento, il faut plus d’eau et plus d’argent pour prendre soin des arbres, ce qui peut amplifier les différences socio-économiques, par rapport aux endroits plus humides.

Une carte illustrant le pourcentage de la population qui s’identifie comme étant noire (panneau de gauche) et le pourcentage de la couverture UTC pour Baltimore, MD (panneau de droite). (PLOS ONE)

Cela soulève une préoccupation majeure, souvent tacite, lorsqu’il s’agit de planter dans des quartiers défavorisés, dans le sens où les arbres ne sont pas forcément une commodité. Lorsqu’il revient aux résidents de prendre soin de leurs arbres, même ceux qui sont plantés par la municipalité, cela peut représenter un fardeau en temps et en argent, surtout dans les endroits où l’eau est rare.

Ainsi, non seulement il est important pour les villes de tenir compte de l’équité sociale lorsqu’elles cherchent à élargir leurs objectifs de plantation d’arbres, mais il est également crucial qu’elles consacrent un soutien à long terme pour faire durer les espaces verts. Philadelphie a fait un assez bon travail pour lier la justice environnementale au plan de durabilité. Mais la plupart des villes, avec leurs maigres budgets forestiers, pourraient tout de même améliorer leur situation.

En fait, les ressources doivent être là, non seulement pour la plantation d’arbre, mais aussi pour leur entretien. Il est donc nécessaire d’avoir une vision à plus long terme sur l’entretien de la canopée forestière.

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© Laura Bliss, 2019

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