Couverture forestière urbaine et inégalités sociales

  Verdir la ville  

Sociofinancement du documentaire « Verdir la ville un arbre  la fois »

Les minorités sont beaucoup plus susceptibles de vivre dans des quartiers exposés à la chaleur qui seront particulièrement menacés par les changements climatiques.

En avril 2015, le Washington Post a mené sa propre étude concernant le couvert forestier de la ville, avec des résultats qui ne surprendront peut-être personne. En fait, les quartiers à faible revenu étaient beaucoup moins susceptibles d’avoir des arbres, la verdure la plus dense de la ville étant concentrée à l’ouest de la faille de la 16e Rue Nord-Ouest qui sépare certains des quartiers les plus riches de Washington du reste de la ville. La densité des arbres à Washington D.C., en bref, fournit une sorte d’indicateur de la richesse, et si vous avez déjà passé du temps à Washington, vous savez aussi que la richesse est un indicateur de la race.

Les recherches publiées à date dans la revue Environmental Health Perspectives confirment qu’une tendance très similaire se retrouve dans tout le pays. Des chercheurs de l’Université de Californie à Berkeley ont examiné 63 436 groupes de blocs de recensement de tout le pays couvrant 304 régions métropolitaines et plus de 81 millions de personnes. Ils ont identifié les blocs les plus à risque lors des vagues de chaleur extrême grâce à l’absence de couvert forestier ou à la présence d’une trop grande quantité d’asphalte (ou de surfaces imperméables). Il a été démontré que ces deux facteurs exacerbent l’effet d’îlot thermique urbain, ce qui fait augmenter les températures de surface, ce qui donne à penser que les gens qui vivent dans ces quartiers pourraient être les plus exposés au risque de chaleur lorsque les températures se réchauffent en raison des changements climatiques.

Suffit-il seulement de planter des arbres pour redonner de l’oxygène à la ville ? Même si la chose semble tomber sous le sens, il importe de se poser la question. Le dossier du verdissement des villes est plus complexe qu’il ne semble à prime abord. Planter des arbres en milieu urbain c’est non seulement reverdir la ville, mais c’est aussi remettre en question le modèle urbain imaginé au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Revitaliser les quartiers centraux, végétaliser la ville, accroître la canopée urbaine, séquestrer la carbone, réduire les effets induits par les ilots de chaleur, absorber les particules polluantes, favoriser l’agriculture urbaine, stimuler l’économie, réduire les inégalités sociales en termes de qualité de vie, ne sont là que quelques aspects que recouvre le verdissement des villes.

Selon les résultats, les Noirs étaient 52 % plus susceptibles que les Blancs de vivre dans ces quartiers, les Asiatiques 32 % plus susceptibles, et les Hispaniques 21 % plus susceptibles (en tenant compte des facteurs qui expliquent les variations dans la croissance des arbres, comme le climat et les précipitations).

En somme, c’est dans la même gamme de risques élevés que nous voyons pour un certain nombre de préoccupations environnementales, si on se réfère à des conclusions similaires dans la littérature sur la justice environnementale qui montrent que les minorités vivent dans des communautés plus exposées à la circulation, à la pollution et aux autres dangers environnementaux.

L’étude a donné lieu à une autre constatation surprenante : dans les régions métropolitaines, où les niveaux de ségrégation raciale sont plus élevés, tout le monde – y compris les Blancs – est plus susceptible de vivre dans ces régions exposées à la chaleur (nous pouvons donc ajouter cela à la preuve que la ségrégation est mauvaise pour tous). C’est une autre façon de dire que les régions métropolitaines intégrées peuvent faire un meilleur travail d’atténuation de la chaleur pour tous. Comment cela se peut-il ?

En fait, lorsqu’il y a une région plus socialement stratifiée sur le plan racial, où la race domine vraiment la façon dont les gens vivent les uns avec les autres, il y a moins d’investissements partagés. Autrement dit, les gens ne se préoccupent pas autant du bien commun, et ça se voit dans les arbres.

Les endroits isolés sont généralement moins susceptibles de faire des investissements collectifs, et les investissements collectifs sont précisément ce qu’il faut pour soutenir les améliorations environnementales pour tout le monde, comme planter plus d’arbres sur la voie publique, ou paver les routes et les trottoirs avec des matériaux perméables.

L’étude relève pourtant une exception intéressante dans la littérature sur les arbres. À Baltimore, on a constaté que les Noirs vivaient dans des quartiers où il y avait plus d’arbres que de Blancs. Toutefois, comme la ville a connu d’importants changements démographiques avec le temps, et il y a 50 ans le couvert forestier de la ville correspondait à l’endroit où vivaient les Blancs.

Autrement, le problème peut en fin de compte être aggravé par le fait que les quartiers sujets à la chaleur peuvent aussi abriter les ménages ayant la plus faible capacité de résister à la chaleur. Concrètement, si on vit dans l’une de ces zones exposées à la chaleur dans une ville comme Phoenix, et qu’on l’air conditionné, on sera en mesure d’y faire face aussi longtemps qu’on aura les moyens de payer l’électricité. Cependant, lorsqu’on commence à se retrouver dans une ville où les gens n’ont pas tendance à avoir l’air climatisé, ou lorsqu’on se trouve dans une situation où le fait d’avoir les moyens de faire fonctionner la climatisation est un vrai problème, c’est là que les problèmes les plus sérieux liés à la chaleur surviendront.

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