Dans la foulée du concept de ville intelligente et du combat contre les gaz à effet de serre, personne ne semble se rendre compte que les infrastructures de nos villes seront transformées en profondeur et que les coûts pour y parvenir seront astronomiques.

Grosso modo, l’idée est de cesser d’utiliser des véhicules alimentés par des moteurs à combustion interne, abandonner la plupart de l’électricité produite par le charbon et moderniser les bâtiments qui utilisent le gaz naturel pour la cuisson et le chauffage. De nouveaux biocarburants pour l’aviation et de nouvelles technologies de captage du carbone pour les cimenteries et les raffineries chimiques seront nécessaires. Et on mangera probablement beaucoup plus de hamburgers végétariens et de plus en plus de mets à base de protéines végétales.

Personne ne prétend que ces changements se réaliseront sans coup férir — beaucoup doutent même que ce soit possible — en grande partie parce que les émissions de gaz à effet de serre, selon le Global Carbon Project, continuent d’augmenter. Selon ces estimations, les émissions mondiales ont augmenté de 2,7 % en 2018 par rapport à l’année précédente.

Pourtant, le concept d’émissions nettes nulles — lorsque la quantité de dioxyde de carbone rejetée dans l’environnement est compensée par l’élimination des gaz à effet de serre — a acquis une nouvelle importance à mesure que les phénomènes météorologiques extrêmes et les rapports scientifiques internationaux commandités par le GIEC, années après années, indiquent que nous devrons y parvenir avant le milieu du siècle pour éviter les pires effets du changement climatique.

Bien sûr, l’inaction face aux changements climatiques a aussi ses coûts. Une analyse d’un projet de l’Initiative de financement de l’environnement de l’ONU a révélé que les retards dans la prise de mesures pour contrer la hausse du dioxyde de carbone pourraient coûter aux entreprises 1,2 billions de dollars au cours des 15 prochaines années. Et si personne ne fait rien, c’est toute l’économie planétaire qui sera pénalisée.

Pour atteindre des émissions nettes nulles, il faudra viser les secteurs énumérés ci-dessous. De plus, certains moyens ici cités nécessitent des technologies qui n’ont pas encore été entièrement développées, testées ou déployées. On le voit, cette transition énergétique sera coûteuse pour tous, surtout pour les classes sociales plus défavorisées qui seront les plus affectées — on l’a bien vue en France avec le mouvement des Gilets Jaunes pour qui la taxe sur le carbone pour une transition énergétique a été perçue comme une atteinte directe au pouvoir d’achat des strates médiane et inférieure de la classe moyenne.

Les avions et les automobiles

Le secteur qui est la principale source de gaz à effet de serre devrait être électrifié et converti en énergie propre — voitures électriques, camions et autobus. Les villes devraient être réaménagées avec un développement plus dense centré sur le transport en commun afin de réduire le besoin de véhicules personnels et d’encourager la marche et le vélo.

L’aviation, qui est désormais responsable pour environ 15 % de la demande mondiale de pétrole, a testé les biocarburants sur certains voyages commerciaux, mais seulement cinq aéroports en Scandinavie, en Australie et à Los Angeles le distribue régulièrement, selon les analystes de l’Agence internationale de l’énergie. Il est techniquement possible de fabriquer du carburéacteur synthétique sans combustible fossile à partir d’hydrogène et de dioxyde de carbone, éventuellement récoltés dans les centrales électriques. Toutefois, le coût lié à sa production est si prohibitif, qu’il nécessitera encore plusieurs années de développement.

Le réseau électrique

Le secteur de l’énergie, la deuxième source d’émissions en importance dans plusieurs pays, doit s’éloigner complètement du charbon et du gaz naturel — ou l’associer à des systèmes coûteux de captage du carbone, qui ont été utilisés dans les raffineries de pétrole et d’autres installations, mais jamais à grande échelle dans la fabrication d’électricité. Le réseau électrique de ces pays devra doubler de taille pour accueillir davantage d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables lointaines, ce qui nécessitera également de nouvelles batteries de stockage, car du moment où les véhicules électriques remplaceront de plus en plus les véhicules à combustion interne, l’énergie devra être disponible.

L’agriculture

L’agriculture est un très grand producteur de gaz à effet de serre. Selon un plan proposé par le Royaume-Uni visant à réduire les émissions nettes à zéro d’ici 2050, des changements radicaux s’imposent. Plus de gens devront manger des protéines végétales renoncer au bœuf, à l’agneau, au poulet et aux produits laitiers. Les agriculteurs devront entreprendre des changements transformationnels dans l’utilisation des terres, y compris la plantation d’arbres et la restauration des sols et des tourbières. D’autres mesures ciblant les émissions du bétail, telles que l’amélioration de l’élevage et de l’alimentation, seront également nécessaires.

Malgré toutes ces initiatives, il est difficile de réduire les émissions de l’agriculture à un niveau proche de zéro étant donné les processus biologiques et les réactions chimiques inhérents aux cultures, aux sols et au bétail.

L’industrie lourde

Une forte réductions des émissions de gaz à effet de serre exigera l’élimination du carbone non seulement dans le secteur de l’électricité, mais aussi dans les procédés industriels tels que la fabrication de l’acier, du ciment et d’autres produits qui sont de gros producteurs de gaz à effet de serre.

Par exemple, seulement aux États-Unis, jusqu’à 1,85 milliard de tonnes métriques de dioxyde de carbone devront être éliminées pour réduire les émissions à zéro d’ici le milieu du siècle, selon un rapport publié plus tôt ce mois-ci par le Rhodium Group. Pour ce faire, le gouvernement fédéral américain devra, comme l’a recommandé la National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine dans un rapport publié en octobre 2018, dépenser entre 181 et 240 millions de dollars par année sur dix ans pour la recherche sur les technologies de captage et d’élimination du carbone.

Au total, les sommes qui seront investies dans cette transition énergétique seront colossales.

Texte basé sur l’analyse de l’Initiative des Nations Unies pour le financement de l’environnement