Au début du mois de mai 2019, l’association à but non lucratif WattTime a annoncé que, grâce à une subvention de 1,7 million de dollars de Google.org, elle utilisera la technologie satellite pour mesurer la pollution atmosphérique provenant de toutes les grandes centrales électriques dans le monde. Cet effort, qui combinera des données provenant d’une variété de capteurs fonctionnant à différentes longueurs d’onde, utilisera également l’intelligence artificielle pour analyser et calculer les émissions de carbone. De plus, l’entreprise prévoit mettre ces données à la disposition du public.

►  Sur le même sujet

Cet aspect public est très important car, comme le souligne à juste titre le directeur exécutif de WattTime, Gavin McCormick, « beaucoup trop de compagnies d’électricité dissimulent actuellement leur pollution ». En fait, il n’y a pas que les entreprises qui dissimulent leurs émissions. Les pays en font autant, même si ce n’est pas délibérément. « Un nombre incroyablement restreint de pays, essentiellement seulement les États-Unis et la Chine, divulguent activement et en temps réel les émissions des centrales électriques », comme l’a noté Lauri Myllyvirta de Greenpeace sur Twitter. L’Union européenne ne le fait pas, et le Japon non plus. De plus, la fraude dans la déclaration des émissions est monnaie courante dans de nombreux pays, tandis que certains pays n’exigent pas du tout la mesure des émissions au niveau des cheminées d’échappement.

L’initiative de WattTime est potentiellement très importante. Un monde où l’on dispose de données granulaires en temps réel sur les facteurs qui contribuent le plus aux émissions de gaz à effet de serre est un monde qui peut être mieux géré. Cette gestion pourrait prendre de nombreuses formes, y compris sensibiliser les entreprises et les pays aux choses qu’ils aimeraient assainir, ou bien, rendre plus efficace la désignation et l’humiliation de ceux qui ne respectent pas les règles. À l’évidence, ces données ouvre la possibilité de faire pression sur les plus gros émetteurs de carbone.

Toutefois, il faut aussi comprendre dans quel contexte cette initiative s’inscrit.

Avec l’imagerie satellitaire et les capacités analytiques hors du commun de l’intelligence artificielle, c’est bien de surveillance dont il s’agit. Et cette surveillance est en fonction des critères hygiénistes de la mouvance écologiste, c’est-à-dire assainir tous les comportements et attitudes malsains et trouver différents façons de les identifier, de les stigmatiser, de les punir et de les éradiquer. Ici, on dira donc que cette surveillance sert une cause supérieure, soit celle de l’avenir de la planète et de l’humanité, et que, dans un tel cas, elle s’impose de facto. Évidemment, personne ne peut être contre la vertu.

Yvon Roché, urbaniste