Lorsque je suis en tournage pour un documentaire, je procède toujours à des repérages photographiques des lieux où je tournerai. Une fois cette tâche accomplie, j’en profite pour explorer les lieux immédiats. Le sociologue que je suis ne peut s’empêcher de documenter visuellement les milieux dans lesquels nous évoluons collectivement. Les photos ci-dessous, prises sur le Boulevard Montmorency à Québec, tout près de l’incinérateur municipal et de l’autoroute Dufferin, tentent de mettre en évidence les symétries que l’on retrouve dans ce genre d’endroit.

▼ Les chemins de fer sont représentatifs d’un mode de transport, d’une façon d’amener en grande quantité des marchandises. De la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, leur point de départ ou d’arrivée a souvent été le port. Autrement, le chemin de fer permet d’explorer comment celui-ci a été réticulé dans une ville, comment il dessert les entreprises.

▼ La voie ferrée qui fait son chemin entre une bretelle d’accès à l’autoroute et le tablier central de l’autoroute est également significative de l’aménagement urbain des zones industrielles et portuaires des villes.

▼ Même dans les zones les plus industrialisées d’une ville, l’activité physique n’est jamais loin. C’est ce que je nomme le « gymnase urbain ». Dans ce secteur de la ville de Québec où l’incinérateur municipal fonctionne 24 heures sur 24, où le transbordement de matériaux de toutes sortes s’effectue au Port de Québec depuis les cargos versus les trains ou vice-versa, où l’usine de pâtes et papier rejette constamment des gaz sous différentes formes, afficher sa mise en forme dans des survêtements moulants signale que, peu importe l’endroit, le corps a des priorités que nulle zone industrielle ne saurait contraindre.

▼ Dans les zones portuaires, si on prend le moindrement le temps d’observer attentivement les lieux, les infrastructures se dévoilent et laissent entrevoir toute l’activité qui ne se voit pas depuis le centre-ville, encore moins depuis les banlieues. Pourtant, ces infrastructures, avec leurs géants d’acier, témoignent de la présence d’une activité économique essentielle à la vie économique des villes et de ses citoyens.

▼ J’avoue avoir une fascination pour les lampadaires accrochés à la structure d’une autoroute. Je ne suis jamais parvenu à faire la photographie qui rendrait vraiment justice à ce type d’éclairage, mais je m’y essaie. Autrement, le lampadaire est un élément clé de l’éclairage d’une ville. Peu importe l’endroit où il se situe, il signale la présence de l’activité humaine sous différentes formes, en particulier celle de la mobilité et de la sécurité le soir venu.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue et cinéaste, texte et photos, 2019