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Ce que le néolibéralisme a collectivement réussi à nous faire aimer, c’est bien le gouvernement de soi issu de la morale puritaine américaine et constitutif de l’autonomisation contemporaine de l’individu. La priorité ultime de l’individu est donc d’être autonome, architecte de sa vie, maître de son destin et entrepreneur de lui-même. L’évangile de l’épanouissement dans une main et le culte de la performance dans l’autre garantissent ainsi cet amour d’une servitude tout à fait volontaire.

Le « rien n’est impossible » de l’Amérique est non seulement fondateur du mythe américain, il en est même le carburant. Prendre des risques, affronter l’adversité, c’est faire reculer les frontières de soi-même, c’est se réaliser, se transcender, qui se traduit dans cette version contemporaine du mythe de la frontière. Et comme il n’y a plus de frontières géographiques à repousser, ce sont désormais les frontières de soi-même qu’il faut repousser.

Aux États-Unis, l’accent est avant tout mis sur l’égalité des opportunités dont bénéficie chaque individu, alors que dans les pays à tendance social-démocrate, l’accent est surtout mis sur l’égalité des protections dont bénéficie chaque individu par le truchement de l’État. Ce que le modèle américain propose, c’est donc une égalité des opportunités où l’égalité entre tous les citoyens est fondée sur l’initiative personnelle, où la capacité d’entrer en compétition est régie par la volonté personnelle de l’individu de prendre des risques. Ce que le modèle social-démocrate propose, c’est une autonomie régie par une égalité des protections étatiques, où l’égalité entre tous les citoyens est fondée sur les protections collectives et la responsabilité collective, où la capacité d’entrer en compétition est régie par un filet de sécurité élaboré.

Le modèle américain de l’individu entrepreneur de lui-même et d’un destin que l’on décide d’embrasser est plus qu’une simple vue de l’esprit…