« J’ai faim, l’invisible réalité », documentaire en construction (Partie 1)

En 2018, j’ai tourné différentes séquences avec des gens qui œuvrent dans le monde des banques alimentaires. J’avais lancé une campagne de sociofinancement pour arriver à tourner ce documentaire, mais tout ce que j’ai obtenu, c’est une somme de 500 $ que je me suis par la suite empressée de rembourser aux premiers généreux donateurs.

Suite à cette expérience, je me suis dit que je trahissais moi-même ma propre devise, à savoir qu’il ne faut jamais aller en sociofinancement pour des documentaires de type « cause sociale », car ces derniers viennent généralement avec des ficelles solidement attachées (lire mon article à ce sujet).

Cela étant précisé, je voudrais amener le lecteur à saisir ma propre démarche.

Hypothèse de travail

Il existe deux types de société. L’une, invisible, qu’on ne voit pas et qu’on ne veut surtout pas voir, c’est-à-dire celle de la faim et de l’humiliation dont les rangs croissent au rythme de 3 à 4 % chaque année. Il y a aussi l’autre, celle que l’on voit chaque jour et qui cache merveilleusement bien la première. Dans cette société où tout va bien, il y a plein de gens endettés à qui des politiciens disent que tout va bien, mais pour que ça aille encore mieux, ces derniers disent qu’il faut couper dans celle que l’on ne veut pas voir et qui va déjà très mal. Combler un besoin de base aussi vital que celui de se nourrir, voilà ce à quoi certains de nos concitoyens, dans les pays développés, sont confrontés.

Pour combler ces besoins, tout un circuit de banques alimentaires s’est développé. Au Québec, il existe ce que l’on nomme « Moisson [telle ville] ». Par exemple, Moisson Montréal ou Moisson Québec sont en haut de la chaîne de distribution. Ces organismes à but non lucratif recueillent auprès des supermarchés et autres fournisseurs des denrées non périssables et des denrées périssables (en autant que les installations le permettent).

Ces « Moisson [telle ville] » redistribuent par la suite les denrées amassées à des organismes spécifiques et accrédités. En fait, c’est là où tout se joue, c’est-à-dire dans l’aide direct aux gens dans le besoin. Ces organismes sont en quelque sorte le dernier jalon de la chaîne logistique de la faim.

Chaîne logistique de la faim

Lorsque je dis qu’il s’agit d’une chaîne logistique de la faim, c’est bien de quoi il s’agit. Au niveau de « Moisson [telle ville] », il y a là toute une logique digne d’une grande entreprise de distribution.

  • Étape 1 : des camions qui « moissonnent » les fournisseurs participants, qui ramènent le tout dans de grands entrepôts.
  • Étape 2 : les denrées sont pesées, identifiées, décodées (le code barre est biffé pour éviter la revente), et stockées.
  • Étape 3 : les denrées font l’objet d’une réquisition de la part des organismes accrédités.
  • Étape 4 : les denrées sont soit récupérées par les organismes accrédités ou directement livrées.
  • Étape 5 : les organismes accrédités gèrent les stocks de denrées jusqu’à leur distribution.
  • Étape 5 : les organismes accréditées, organisent des journées de distribution alimentaire.
  • Étape 6 : les « clients » viennent chercher les denrées (les choix sont limités).

Chaîne de travail

Il ne faut pas oublier que cette chaîne de logistique de la faim est aussi une chaîne de logique de travail. Par exemple, les gens qui dirigent les « Moisson [telle ville] » bénéficient généralement d’un bon salaire. Ceux qui dirigent les organismes accrédités ont généralement un revenu qui avoisine le salaire minimum. Autrement, qu’il s’agisse de « Moisson [telle ville] »  ou d’un organisme accrédité, le reste du travail est réalisé par des bénévoles qui ne reçoivent aucune rémunération.

La trame narrative du documentaire

Partant de ces considérations, il faut arriver à élaborer une trame narrative qui tiendra la route pour rendre compte de la chaîne logistique de la faim et de la chaîne de travail.

C’est donc à ce travail que je convie le lecteur au cours de prochaines semaines, où ce dernier pourra voir un documentaire se construire sous ses yeux !

© Pierre Fraser, 2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.