Les cahiers de l’IA

Les technologies sont incontournables. Tout individu qui cherche ou tente de se soustraire à la technique se marginalise lui-même. Refuser la connectivité que proposent les technologies numériques, aujourd’hui, c’est aussi, d’une certaine façon, refuser d’établir du lien social.

Certes, les technologies de communication et les réseaux sociaux n’ont pas rendu caduc le lien social, c’est-à-dire l’ensemble de relations qui unissent les individus faisant partie d’un même groupe social et qui permettent d’établir des règles sociales entre individus ou groupes sociaux différents.

Toutefois, elles sont devenues un canal incontournable par lequel s’exprime le lien social. Le lien social est devenu un point de départ pour les technologies numériques, comme bien d’autres par ailleurs, et tout point de départ, pour une technique, devient tout entier, et souvent d’un seul coup, un milieu technique. Le lien social est donc devenu un milieu technique et un milieu technologique.

Il suffit de revenir quelques années en arrière, à la création de Facebook et de Twitter, pour constater qu’il n’y a eu aucune transition entre le passage d’un lien social non soumis à la technologie des réseaux sociaux à un lien social soumis à la technologie des réseaux sociaux. Le passage a été tout entier, d’un seul coup. Existe-t-il une autre puissance équivalente à la technologie numérique en ce bas monde en mesure d’opérer une telle transition ?

Nous avons collectivement décidé d’accepter la nécessité technologique. Conséquemment, nous nous sommes irrémédiablement soumis à l’esclavage technologique. La question n’est même plus de savoir s’il est ou non possible de ne pas se soumettre à cet esclavage technologique, mais bien de savoir comment la nécessité technologique agit pour comprendre ce qui nous attend en tant que société.

© Pierre Fraser, sociologue, 2019