Impacts sociaux

La surveillance est définitivement une propriété de la modernité et elle joue à deux niveaux. D’une part, le niveau micro où les individus sont triés, catégorisés et traités selon leur profil ainsi constitué à partir d’une quelconque forme de surveillance. D’autre part, le niveau macro, où certaines structures sociales sont mises en place et institutionnalisées dans le but clairement avoué de surveiller.

Depuis les technologies biométriques déployées dans les aéroports et aux frontières, en passant par la vidéo de surveillance dans les écoles, jusqu’aux puces RFID dans les hôpitaux et les cartes à bande magnétique des banques alimentaires, les technologies de surveillance s’intègrent dans tous les aspects de la vie moderne, mais avec des effets variés en fonction des populations concernées.

La surveillance lourde s’adresse surtout à ceux qui sont économiquement moins favorisés, donc plus institutionnalisés, alors que la surveillance légère contribue non seulement à faciliter la vie de la classe moyenne et des mieux nantis, mais aussi à réguler leurs comportements. C’est ce que Goffman considérait comme du people processing.

Dans un contexte où prolifèrent une multitude de technologies numériques omniprésentes de surveillance, le people processing piste nos déplacements, nos commentaires et nos clics sur Internet, nos transactions financières, notre crédit et nos échanges avec le gouvernement, sans pour autant contraindre notre mobilité ou nos agissements.

Malgré tout, il faut prendre en considération que, bien que la surveillance légère n’ait pas vocation à restreindre notre mobilité, mais bien à favoriser nos échanges, elle permet tout de même d’identifier tout individu pouvant commettre ou éventuellement commettre un acte délictuel.

© Pierre Fraser, 2019