Impacts sociaux

Parmi les mythes les plus confondants et les mieux entretenus, vient en tête de lice celui qui tente de nous faire croire que tout le monde peut réussir par un travail acharné. Et qu’entend-on par réussite ? Position sociale enviable, salaire élevé, maison cossue, automobile de luxe, costard griffé, repas gastronomiques au restaurant, soirées mondaines, etc.

Nous connaissons tous le discours de la réussite. Il suffit de se pointer dans une librairie pour constater que les livres proposant de réussir sa vie tiennent le haut du pavé, sans compter tous les livres de psychologie populaire et de croissance personnelle à cinq sous.

En matière de réussite et de travail acharné, les faits démontrent tout à fait le contraire. On ne réussit pas par un travail acharné, bien que certains, et ils sont peu nombreux, y parviennent. Et c’est là où réside tout le pouvoir de l’enchantement du travail acharné. Remettons les choses en perspective. Si nous provenons d’un milieu défavorisé, nos chances de réussite sont beaucoup plus minces que si nous provenons d’un milieu de la classe moyenne ou aisée.

En fait, la proportion des gens qui ne pourront prétendre au rêve de la réussite ira en s’accroissant. Pourquoi ? Parce que, aujourd’hui, l’inégalité des revenus est elle-même croissante. Et si cette croissance des inégalités avait tout à voir avec le passage d’une société néolibérale — elle-même génératrice de beaucoup d’inégalités sociales — à une société technolibérale ?

Et si l’époque actuelle n’était pas plutôt un intermède entre une société néolibérale qui n’en finit plus de se désagréger et une société technolibérale qui n’en finit plus d’arriver ?

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue, 2019