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Mais qui, au juste, transforme à ce point la société ? Il se pourrait bien qu’il s’agisse de cette élite technologique qui, en dehors de toute légitimité politique, s’est arrogé le droit de nous dire quoi faire, quoi penser, quoi censurer, quoi dire, comment le dire, quand le dire et pourquoi le dire. Cette élite technologique, de toute la puissance financière dont elle dispose, a réussi le tour de force d’imposer des manières de faire, de transformer la nature même du lien social et de nous aligner indubitablement dans une direction que nul n’aurait pu prévoir, une direction où plus rien ne perdure dans le temps, une direction où la vie se liquéfie sous nos yeux, alors que cette liquéfaction passe totalement inaperçue.

Quelles sont les parades pour se prémunir de ces créations destructrices ? En fait, il n’en existe aucune. Il est impossible de s’en prémunir à moins de s’isoler de la société. Et si la chose est impossible, est-il possible d’en amoindrir les impacts ? Encore là, désolé de décevoir le lecteur, mais c’est impossible… Pourquoi ? Parce que ça nous tombe dessus du jour au lendemain. Il suffirait, diront certains, de légiférer pour empêcher ces entreprises de programmer l’obsolescence technologique. N’y comptons même pas. Le concept de destruction créatrice est un rouleau compresseur et il y aura inévitablement des orphelins. Il faut impérativement s’y faire.

Au bout du compte, peut-être que le seul moyen de se prémunir des effets négatifs de la destruction créatrice, car il y en a forcément et il y en aura forcément, c’est de se comporter comme les geeks, c’est-à-dire, être des utilisateurs précoces de ces technologies, se dire que ce n’est que pour une période de temps très restreinte, et qu’il faut en tirer profit pendant que ça passe, quitte à être mentalement prêt à s’investir sous peu dans une toute nouvelle technologie à la mode, c’est aussi ça la vie liquide.

ISBN 978-2-923545-62-2