Une nouvelle étude réfute certains stéréotypes courants sur les personnes qui se soucient le plus de l’environnement.

Pour beaucoup d’Américains, l’environnementaliste type est une personne blanche, instruite et de la classe moyenne. C’est ce que les chercheurs ont découvert lorsqu’ils ont interrogé plus de 1 200 adultes américains d’origines ethniques, éducatives et socioéconomiques différentes. Pourtant, dans cette même enquête, les participants non blancs ont en moyenne signalé des niveaux plus élevés de préoccupation pour l’environnement que les Blancs.

L’enquête fait partie d’une étude publiée dans les Actes de la National Academy of Sciences, qui souligne la tendance de tous les Américains à sous-estimer l’importance que les groupes minoritaires (Noirs, Latinos et Asiatiques, en particulier) et les groupes à faible revenu accordent à l’environnement et à la question plus politiquement chargée du changement climatique. Et ce, malgré le fait que ces questions touchent de façon disproportionnée les communautés de couleur et les pauvres. En fait, étant donné que ces gens sont plus vulnérables aux inondations lorsque les ouragans frappent, et plus susceptibles de vivre dans des zones où la pollution atmosphérique est dangereuse, ou bien, où les effets du réchauffement planétaire sont peu atténués. La perception erronée du public quant à savoir qui s’en soucie et qui ne s’en soucie pas explique en partie pourquoi les politiques et les efforts des organismes communautaires ne parviennent souvent pas à atteindre les communautés les plus vulnérables.

Lorsque les chercheurs ont demandé aux participants à l’étude d’évaluer leur propre préoccupation environnementale sur une échelle de 1 à 5, 5 (extrêmement préoccupés), les groupes minoritaires et pauvres se sont évalués en moyenne au-dessus de 3 (modérément préoccupés). Les Latinos ont fait état du niveau de préoccupation le plus élevé, soit environ 3,5 %. Les moyennes pour les groupes blancs et les groupes riches, quant à elles, se situaient autour de 3.

Et lorsque les chercheurs leur ont demandé s’ils se considéraient comme des environnementalistes, environ deux tiers des répondants latino-américains et asiatiques ont répondu positivement, comparativement à seulement la moitié des répondants blancs (seulement un tiers des répondants noirs s’associaient à ce terme.) Pourtant, lorsqu’on leur a demandé d’évaluer d’autres groupes, les participants ont fortement sous-estimé le niveau de préoccupation de tous les groupes démographiques sauf les Blancs, les femmes et les jeunes Américains. Par exemple, le taux perçu publiquement pour les Latinos, par exemple, a chuté d’environ 2,5, tandis que les répondants ont évalué les préoccupations des Blancs au-dessus de 3.

Le niveau de préoccupation exprimé par les groupes minoritaires et pauvres est généralement beaucoup plus élevé que la perception du public. (Pearson et coll., PNAS)

Selon Rainer Romero-Canyas, un scientifique du comportement qui a corédigé ce rapport, « Nous avons des stéréotypes sur qui est un écologiste, et le fait que, dans nos données, nous avons vu ces croyances partagées si largement parmi tant de types d’Américains, suggère qu’elles sont très répandues. » Les stéréotypes sur les minorités et les groupes plus pauvres qui s’intéressent davantage à l’emploi sont peut-être vrais dans une certaine mesure, mais ils ne tiennent pas compte du fait que les gens peuvent être préoccupés par les deux.

Selon les chercheurs, les conséquences de ces stéréotypes peuvent faire leur chemin dans l’élaboration des politiques en négligeant les préoccupations des communautés minoritaires. Prenons, par exemple, le projet de loi sur le climat de la Californie de 2006, qui prévoyait un programme de plafonnement et d’échange visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce projet de loi a réussi à réduire les émissions de carbone, mais n’a pas réussi à s’attaquer aux co-polluants qui affectent directement et immédiatement les communautés noires et latines qui vivent près de certains des plus gros pollueurs de l’État.

Ce qui est peut-être plus révélateur, c’est le constat que même les minorités et les personnes à faible revenu sous-estiment les attitudes environnementales de leurs propres groupes sociaux, ce qui, à son tour, conduit à l’autosilence et à l’inaction parmi ces communautés. Selon Romero-Canyas et ses collègues, le problème, c’est que la représentation dans le mouvement environnemental est importante.

Les groupes minoritaires ont également tendance à sous-estimer leur propre degré de préoccupation pour l’environnement. Les Blancs, quant à eux, ont tendance à surestimer les préoccupations environnementales de leur groupe. (Pearson et coll., PNAS)

Comme l’a souligné Whitney Tome, directrice générale de Green 2.0, qui défend la diversité dans les organisations environnementales, « Souvent, nous ne nous voyons même pas dans ces organisations, et nous nous rendons encore moins compte qu’il s’agit d’un choix de carrière, parce qu’il ne nous ressemble ni à nous ni à nos collectivités. » Même si Whitney Tome n’a pas participé à cette étude,en 2014, son organisme sans but lucratif avait publié un rapport selon lequel les personnes de couleur ne représentaient que 12,4 % du personnel des organismes sans but lucratif, soit 15,5 % de celui des organismes gouvernementaux et 12 % des fondations. Au fur et à mesure que vous montez en position, ces chiffres diminuent. En fait, « Une partie du défi quand vous n’avez personne dans votre organisation qui sait ce que c’est que d’être d’origine afro-américaine, hispanique, latino ou asiatique, c’est qu’il est difficile de savoir comment vos messages résonnent avec eux. »

Historiquement, le mouvement écologiste a eu un problème de diversité, alors que le mouvement s’était largement concentré sur la sauvegarde de la nature sauvage  ou des espaces accessibles principalement aux blancs et aux riches. C’est contraire à l’idée même de la mouvance environnementaliste de penser ainsi, car « L’environnement est en fait partout et nous voulons le protéger où que vous soyez, de sorte que vous ayez des arbres, de l’eau et de la nourriture. »

La bonne nouvelle, c’est que les idées fausses peuvent changer. Lorsqu’on a présenté aux répondants un énoncé de mission hypothétique qui mentionnait la diversité et l’image d’un personnel diversifié, ils étaient moins susceptibles de sous-estimer le niveau de préoccupation des minorités et des groupes à faible revenu.

En augmentant la diversité au sein du personnel, souligne Whitney Tome, c’est une réelle victoire pour les organisations. En fait, d’ici 2045, on s’attend à ce que les minorités représentent plus de la moitié de la population américaine, de sorte qu’en ne recrutant pas de personnes de couleur, on risque de laisser de côté des gens talentueux qui peuvent aider à formuler les messages de l’organisation et à communiquer avec les personnes qu’elles servent.

Finalement, comme en toutes choses, la communication est la clé.

Photo|Société, 2019