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Les entreprises peuvent résoudre le problème d’être trop complexes, trop lentes et trop inconfortables à gérer en mettant leurs données au service de l’imagination des communautés externes. C’est la même chose que Google fait avec ses APIs et Amazon avec ses commentaires de clients (et ce ne sont pas exactement de nouvelles entreprises !). C’est risqué. La propriété intellectuelle peut être violée et la vie privée doit être protégée. Les détaillants comme Amazon risquent de perdre des ventes en publiant des critiques négatives dans l’espoir que la confiance et la crédibilité du commerce, dans son ensemble, pèseront davantage.

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L’une des façons d’exploiter l’énergie des communautés est de participer à des concours. En 2006, Netflix en a organisé un pour améliorer son système de recommandation de films. Ils ont publié un immense ensemble de données anonymes avec les cotes d’écoute qu’un demi-million de clients avaient obtenues pour près de 20 000 films. Netflix a promis un prix d’un million de dollars pour le premier qui arriverait à améliorer son algorithme de recommandation ne serait-ce que de 10%. Des prix intermédiaires ont également été offerts pour les meilleurs algorithmes à ce jour, à condition qu’ils soient partiellement diffusés à d’autres concurrents pour stimuler de nouvelles innovations. Netflix a ainsi intelligemment construit un environnement qui favorise à la fois la concurrence et la collaboration. Les équipes ont concouru pendant plus de trois ans. Des prix intermédiaires ont été décernés, mais les gagnants ont été encouragés à partager leurs progrès avec les autres s’ils voulaient concourir pour le grand prix final. L’algorithme gagnant, développé par une équipe mixte, a amélioré la précision prédictive du système de 10,9%. Un projet de R&D extrêmement bon marché pour Netflix, avec un ensemble de grandes données comme seule infrastructure, et des équipes d’enthousiastes de la programmation en concurrence et en collaboration sans faille. En somme, une alliance entre les très grands et les très petits.

Plus récemment, Orange, la société française de télécommunication, a publié un ensemble de données sur l’utilisation du téléphone mobile en Côte d’Ivoire, où elle est le seul opérateur. Les données recueillies sur une période de cinq mois auprès d’environ 50 000 personnes choisies au hasard ont été entièrement anonymisées. Les données ont révélé comment les utilisateurs de téléphones mobiles se déplaçaient d’un endroit à l’autre et qui parlait à qui en fonction du lieu. L’idée était simplement d’inviter les chercheurs à voir ce qu’ils pourraient tirer d’un ensemble aussi riche de données. L’un des projets les plus intéressants a été l’analyse par plusieurs chercheurs, en collaboration avec IBM, des modes de déplacement à Abidjan, la ville la plus peuplée du pays. Ils ont utilisé les données des téléphones portables pour savoir d’où provenaient les utilisateurs et où ils allaient lors de leurs déplacements quotidiens. Cela a permis de ré-optimiser les lignes de bus dans les villes, réduisant potentiellement le temps de trajet de 10 % sans qu’il soit nécessaire d’ajouter des bus supplémentaires. Une autre application possible serait très utile pour la santé publique : les modèles de mobilité physique prédiraient ainsi la propagation des épidémies et les modèles de communication pourraient être utilisés dans les campagnes de propagande pour aider à combattre la maladie. De telles choses annoncent une révolution dans le domaine de la santé publique.

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Certes, Orange seul n’aurait pas été capable d’identifier ces réalités et encore moins de les résoudre ; ce n’est rien de plus qu’une compagnie de téléphone. Mais la valeur des données est supérieure à celle de l’industrie d’où elles proviennent, et en les rendant accessibles aux chercheurs du monde entier, Orange ouvre la voie à une nouvelle façon de penser les affaires. Peut-être qu’à l’avenir, les opérateurs téléphoniques abandonneront le téléphone et se consacreront à l’exploitation des données ; cela semble fou, mais les services de recherche gratuits avant Google le faisaient aussi. Orange fait bien d’expérimenter dans ce sens, car dans le monde des grandes données, les informations devenues ainsi accessibles peuvent jeter un tout nouvel éclairage sur des phénomènes qui n’ont pas de lien direct avec l’institution ou l’entreprise chargée de les recueillir.
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Prospective|Société, 2019