« Les images à propos du corps demeurent des balises normatives qui n’existent et qui n’évoluent que parce qu’il y a une dynamique sociale et des interactions humaines qui les portent. » Cette réflexion du sociologue Olivier Bernard est intéressante à plus d’un égard, car elle met en perspective le fait que nous nous construisons socialement dans le regard des autres.

Par exemple, la photo ci-dessous renvoie à chacun d’entre nous l’image de corps en santé et performants, qui s’entraînent, qui font en sorte de maintenir la forme pour arriver à survivre dans une société qui exige du corps la plus grande adaptabilité possible à une multitude de situations. Le corps actif et en santé est un atout et un actif pour la société.

Cependant, sur la photo ci-dessous, c’est plutôt un corps élimé, usé et fatigué qui ne fait plus vibrer personne. Il signale la non performance, la lenteur, le dépérissement, toutes des propriétés d’un corps socialement non acceptable, mais dont la société a pourtant la charge.

Quand on y regarde de près, les individus participent à la création d’images du corps qui viennent nourrir les clichés, les stéréotypes, mais aussi les modèles médiatiques qui servent de raccourcis pour transmettre des valeurs sociales. Les images du corps, qu’elles soient imaginées individuellement ou proposées par les médias, offrent ce raccourci. Selon Le Breton, une personne qui visualise, imagine ou rêve son corps retrouve sa dimension symbolique. Cette reconstruction de l’image de soi pour soi, permet à l’individu de reprendre possession de ce qu’il pense de lui, pour ainsi retrouver la motivation et le potentiel de mobiliser des ressources grâce à son imaginaire1.

Alors, bien que les images offrent des modèles qui orientent les comportements et des raccourcis, celui-ci demeure avant tout une insaisissable dynamique mouvante qui est propre à chaque personne. L’unicité du corps humain rend impossible la dissociation de ses composantes (sexe, sang, organes, peau, etc.) et par la même occasion consacre son irréductibilité matérielle. Il doit être pris comme un tout pour avoir une chance de le comprendre2.  Et c’est là où intervient la représentation que l’on se fait de son propre corps, l’image que l’on veut bien en donner.

Concrètement, le corps est un puissant repère visuel, c’est-à-dire que l’apparence que l’on veut bien lui donner normalise nos comportements, nos conduites, nos jugements, nos attitudes, nos opinions, nos croyances. Cette normalisation, véhiculée par les repères visuels, consiste à différencier ce qu’il convient ou non de faire en fonction de leur désirabilité du point de vue du groupe auquel on appartient et qui génère la norme corporelle attendue.

Références

1 Le Breton, D. (2003), Anthropologie du corps et modernité , Paris : Éditions Quadrige / Presses Universitaires de France, p. 218-219.
2 Andrieu, B. (2006), « Quelle épistémologie du corps ? », Corps, no 1, p. 13-21 [14].

© Olivier Bernard (Ph. D.), sociologue / Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue et sociocinéaste, 2018
© Photos : Pierre Fraser, 2018