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Dans ce numéro, le sociologue Olivier Bernard montre et explique comment le corps, désormais devenu cette ultime identification à soi, peut parfois être l’objet de profondes transformations. En se fondant sur les expériences de deux jeunes femmes, il arrive à démontrer comment cette idée du corps transformé traverse aussi la société dans son ensemble. « Aujourd’hui, le corps est entièrement culturel. Le but est de faire du corps un environnement, comme la nature, c’est-à-dire de vivre dans un corps qui serait entretenu, dominé par des régimes diététiques, par des efforts. Le corps devient donc une construction sociale, dans lequel on peut incorporer ce que le sociologue Marcel Mauss appelait les techniques du corps, ce que Pierre Bourdieu nommait l’habitus, c’est-à-dire des habitudes, des gestes, des postures qui traduisent la culturalité du corps. Ce qui fait la singularité de chacun d’entre nous, c’est que nous avons incorporé ces habitudes-là. En prenant conscience de leurs habitudes culturelles, certains créent des cultures, tels les surfeurs ou les adeptes des rave parties. Chacun va vouloir développer sa propre culture corporelle, avec une motricité, une mobilité, un langage, des postures, une façon de s’habiller, etc. [1]»

[1] Le Monde (2004), Le corps devient une construction sociale, Entrevue avec Bernard Andrieu.