Le musée est un territoire visuel

►  Médiation culturelle

Le musée est donc un territoire visuel pensé et travaillé, au sein duquel un parcours visuel est proposé par les organisateurs de l’exposition. Le chemin des visiteurs y est plus ou moins déterminé dans le but d’infléchir le sens de leur visite (se focaliser surtout sur telle œuvre, voir d’abord l’œuvre X afin de mieux comprendre l’œuvre Y, etc.). Plus l’art déconstruit le sens, plus le besoin d’une expographie productrice de sens va se faire sentir. Nous voudrions également partager une réflexion de Catherine Millet, pour qui l’art contemporain complique, par la nature de ses procédés et de ses matériaux, le travail des conservateurs de musée. Par exemple, le rôle des conservateurs est maintenant ambigu. En effet, le conservateur est désormais « celui qui assure la pérennité […] d’un art en train de se faire, et qui surtout s’autorise de multiples métamorphoses, embardées et revirement1 ».

Mais revenons à notre problématique directrice : Qu’est-ce qui fait que l’art est de l’art ? Comme l’affirme Bourdieu, « la fameuse révolution de Duchamp consiste à dire que c’est l’exposition dans un lieu sacré qui consacre comme artistique une chose comme une roue de bicyclette ou un urinoir ». Le musée produit donc un effet de consécration. Cela nous donne donc une troisième piste d’analyse : serait de l’art ce qui aurait été consacré comme tel. Les musées seraient ainsi, comme l’étaient les académies auparavant, des instances de catégorisation et de classement.

Consciente que les principales problématiques traitées dans cet article, à savoir les spécificités de l’art contemporain et les caractéristiques qui amènent à nommer un objet « art », mériteraient un travail de plus longue haleine et une analyse plus poussée de la littérature existante. Cependant, nous pensons que ce bref article a pu éclairer quelques questionnements et soulever certaines hypothèses intéressantes. Le principal point à retenir, à notre avis, est que le qualificatif « art » est un construit social et non l’attribut naturel d’un objet. Loin d’être un universel, il varie selon les lieux, les époques, et même, comme il a été démontré, selon les auteurs : pour Duchamp c’est le regardeur et le musée qui font d’un objet une œuvre d’art ; selon Becker, c’est sa place dans le monde de l’art, et pour Arendt, l’art est réservé aux objets dont la fonction est uniquement culturelle.

Médiation culturelle

© Lara Docquier, sociologue / 2018


Références
1 Millet, C. (2006), L’art contemporain ― Histoire et géographie, Paris : Flammarion, p. 110.