Consommation et endettement

Consommation

Si, dans une société néolibérale, il est attendu de l’individu qu’il trouver un juste équilibre entre consommation et discipline, si les incitatifs à la consommation se retrouvent partout et conduisent à l’endettement, tout endettement au-delà d’une certaine limite sera considéré comme un échec de l’équilibre entre consommation et discipline, d’où un défaut de responsabilité personnelle.

Cette responsabilité personnelle attendue de la part de chacun s’articule autour de l’idée qu’« on estime l’individu suffisamment autonome et raisonnable pour exercer ses [propres] choix. Le fait même de choisir parmi l’éventail grandissant des biens de consommation exprime à la fois l’identité, la rationalité et l’autonomie1 », qui cale l’individu dans une logique où il est définitivement l’architecte de sa vie et le maître de son destin, devenu malgré lui entrepreneur de lui-même. Si l’endettement, dans une société néolibérale, est question de responsabilité personnelle, l’endettement socialement acceptable, quant à lui, se mesure à travers la cote de crédit.

Cette cote, sensée représentée le juste équilibre entre consommation et discipline, est définitivement un pouvoir qui régit le gouvernement de soi. La position d’un individu sur le gradient de la cote de crédit détermine dans quelle mesure ce dernier est ou non en mesure d’emprunter pour consommer. La cote de crédit se révèle ainsi un puissant instrument de contrôle de la gouvernementalité dans une société qui privilégie la consommation. Elle est la mesure de l’endettement, appelle forcément le crédit, c’est-à-dire que ne pas vouloir avoir accès au crédit, c’est aussi se placer dans une position qui se veut hors du circuit de la consommation.

Ce faisant, ne pas posséder une carte de crédit, c’est soit refuser de participer à la consommation, soit avoir un historique de crédit tellement mauvais, que le système de crédit refuse à l’individu le crédit jusqu’à temps que ce dernier se refasse une virginité financière où démontre qu’il est arrivé à trouver un juste équilibre entre consommation et discipline.

Consommation

© Georges Vignaux, philosophe / Pierre Fraser, sociologue
__________
1 Fournier, P. (2015), « La responsabilité comme mode de gouvernement néolibéral : l’exemple des programmes d’aide aux familles aux États-Unis de 1980 à nos jours », Les ateliers de l’éthique, vol. 10, n° 1, p. 129–154.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s