Urbanisme tactique, enjeux et défis (2)

►  Urbanisme tactique

Dans la continuité de l’article précédent,  voici d’autres exemples de la façon dont il est possible de mettre en pratique des stratégies à faible coût initial et à rendement social élevé comme moteur de changement et d’implication citoyenne. Comme nous l’avons déjà démontré, la logique qui sous-tend toutes ces stratégies est la plus logique à l’échelle locale, qui vise à impliquer les citoyens dans les processus de construction des villes, tout en socialisant la prise de décision.

Si on y regarde le moindrement de près, l’urbanisme tactique s’appuie essentiellement sur des interventions qui contribuent à créer un laboratoire expérimental au cœur même de la cité. Des études de cas, en Amérique du Nord et en Europe, révèlent les avantages d’adopter une approche progressive dans le processus de construction des villes, comme moyen d’assurer une stratégie de changements successifs et cumulatifs et à long terme à partir de petites initiatives citoyennes.

Ces initiatives, une fois mises en œuvre, ont des résultats qui peuvent être mesurés et observés en temps réel. Lorsque ce processus s’effectue sans recourir à de grosses sommes d’argent et avec une certaine flexibilité, il devient possible de faire des ajustements avant d’aller de l’avant. Il ne fait aucun doute que les municipalités qui investissent quelques millions de dollars dans des initiatives temporaires avant d’investir 1 milliard de dollars dans des travaux permanents peuvent être considérées comme de bons gestionnaires des fonds publics. par al suite, si l’amélioration ne fonctionne pas comme prévu, le budget global d’une municipalité évite dès lors d’être affecté, et les initiatives subséquentes peut ainsi être modulées afin de répondre aux besoins d’un contexte dynamique en particulier.

D’une part, si ces changements à petite échelle sont correctement articulés, ils peuvent ainsi être conçus comme les premiers pas vers des changements en profondeur et plus durables. De cette façon, l’urbanisme tactique devient plus efficace lorsqu’il est réalisé en conjonction avec une planification à long terme.

D’autre part, si ces initiatives s’inscrivent dans un processus de participation citoyenne, certains exemples de tactiques urbaines peuvent rapidement instaurer la confiance entre des groupes disparates et les autorités municipales. De plus, aussi petit que soit l’effort initial, si le secteur public est en mesure de participer physiquement à l’amélioration de la ville, il y a ainsi plus de chances d’obtenir un appui pour des changements plus importants dans l’avenir.

Par exemple, la plupart des interventions commencent par l’utilisation d’un espace temporaire, de matériaux peu coûteux, pour redistribuer aux piétons ou aux cyclistes l’espace excessif utilisé par les automobiles. Parce que ces efforts ne nécessitent pas de grosses sommes d’argent, ils permettent dès lors d’offrir un espace public nouveau et dynamique pratiquement du jour au lendemain. Bien que la ville paie pour la conception et la construction, les partenaires commerciaux locaux et les groupes de soutien communautaires sont habituellement tenus d’exploiter, d’entretenir et de gérer les nouvelles places.

En adoptant une approche expérimentale, la ville et le grand public peuvent tester l’efficacité de chaque nouvelle initiative sans avoir à mobiliser d’importantes sommes prises à même les fonds publics. En cas de succès, l’intervention peut passer par la suite par une phase de transition vers une phase de conception et de construction plus permanente.

►  Urbanisme tactique

© Photo|Société, 2018