Urbanisme tactique, enjeux et défis (1)

Urbanisme tactique

L’une des difficultés de faire de la ville un milieu de vie à hauteur humaine, c’est la capacité mobiliser les citoyens dans la prise de décision. Il ne fait aucun doute que les négociations en matière d’urbanisme au niveau municipal sont des processus difficiles, mais heureusement, il existe des actions à court terme qui parviennent à déclencher des changements à long terme et qui mettent les citoyens au centre de la question. Pour l’essentiel, il s’agit de tactiques qui peuvent être mises en œuvre, ici et maintenant, afin d’enrichir le capital social des communautés et d’arriver à communiquer efficacement la vision d’un projet.

Non seulement les grands projets urbains, mais aussi les projets de petite et moyenne envergure nécessitent des négociations entre politiciens, promoteurs, et urbanistes, ainsi que société civile – ces derniers étant souvent négligés pour accélérer l’approbation ou la mise en œuvre d’un projet particulier -, oubliant qu’en fin de compte, c’est ce qui bénéficie le plus (ou nuit) aux décisions prises par quelques-uns.

Au lieu d’être consultés ou impliqués dans ce qu’ils aimeraient que les rues ou les quartiers de leur ville puissent devenir, les citoyens agissent par des réactions qui tentent de s’opposer au projet lui-même ou par des réponses à des initiatives qui sont souvent déconnectées de leur propre réalité ou intérêts. Il ne fait aucun doute que les négociations en matière d’urbanisme sont des processus difficiles et bureaucratiques, mais il existe des tactiques, d’où l’idée d’urbanisme tactique, qui aident à faciliter la concrétisation des projets dans le cadre de visions consensuelles.

Certains les appellent « projets détonants », « guérilla urbaine », « bricolage urbain » ou simplement « tactique urbaine ». Ce qui est cependant certain, c’est que la combinaison d’une planification à long terme et de stratégies de transformation légères, rapides et peu coûteuses, peut être une formule efficace, non seulement pour valider des idées à long terme, mais aussi un puissant outil pour articuler et mobiliser les citoyens sur des questions importantes qui ont un impact positif sur la qualité de vie.

Aux États-Unis et en Europe, des voix se sont élevées en faveur de ces initiatives. Il s’agit notamment d’organisations telles que le DoTank:Brooklyn, le Civic Center, le Better Block Project ou le Street Plan Collaborative pour n’en citer que quelques-unes. Selon ce dernier, l’approche d’urbanisme tactique doit tenir compte des éléments suivants :

  • être une approche délibérée, une incitation au changement ;
  • offrir des solutions locales aux défis de la planification locale ;
  • engagement à court terme et attentes réalistes ;
  • faible risque avec la possibilité d’une récompense élevée ;
  • développement du capital social chez les citoyens ;
  • mise en place de capacités dans le secteur public/privé et les organisations à but non lucratif.

Par exemple, à Dallas, aux États-Unis, certaines des améliorations réalisées dans le cadre d’un projet d’urbanisme tactique ont été reconnus par les autorités municipales comme étant des installations permanentes qui contribuent au bien-être des citoyens. À Fort Worth, le projet Build a Better Block a été élaboré avec un budget de seulement 500 $.

Dirigeants : Militants locaux, entreprises locales et fournisseurs locaux.
Échelle : Rue / Édifice / Bâtiments.
But : Promouvoir des rues plus agréables à vivre et améliorer la vitalité du quartier.
Résumé : Le projet Build a Better Block a été porté par une communauté militante locale du Oak Cliff de Dallas. Dirigé par Go Oak Cliff, l’organisme disposait non seulement de matériaux bon marché et recyclés, mais disposait surtout du travail de plusieurs bénévoles pour transformer les rue délabrées du quartier.

Des artistes, des musiciens et des propriétaires d’entreprises de la région se sont rencontrés pour planifier temporairement l’utilisation de façades commerciales et la récupération de certains espaces publics. Des vendeurs de nourriture ambulants et des cafés situés sur les trottoirs ont ainsi transformé la rue en un lieu de rencontre convivial. Des pistes cyclables de style new-yorkais ont été peintes, reléguant ainsi les voitures au centre de la rue elle-même, réduisant d’autant l’espace et le nombre de voies carrossables. Enfin, des pots de fleurs avec des espèces et des plantes locales et du mobilier urbain ont été installés pour créer un plus fort sentiment d’appartenance.

Si le projet a réussi voir le jour, c’est que les instigateurs ont su tirer parti de la participation des commerces du quartier tout en engageant les autorités municipales de Dallas à transformer définitivement la rue. Dans le même souffle, les créateurs ont été amenés à former leurs propres consultants pour diriger et conseiller d’autres villes et organisations dans la mise en œuvre de ce type de changements.

Des efforts similaires sont aujourd’hui déployés à Oyster Bay dans l’état de New York, et à Memphis dans l’état du Tennessee, où près de 15 000 participants ont contribuer à revitaliser des portions importantes des rues des quartiers centraux.

L’une des leçons associées au projet Build a Better Block qu’il faut retenir, c’est bien celle de l’utilisation des réseaux sociaux. En utilisant les outils du Web 2.0, tels que les blogues, Facebook, Twitter et YouTube, les organisateurs sont parvenus à capter l’attention non seulement des participants locaux, mais aussi l’attention nationale aux États-Unis à mesure que l’initiative grandissait.

Urbanisme tactique

© Photo|Société, 2018