Gymnase urbain

La cité est devenue un gymnase aux frontières floues et indéfinies, un vaste terrain d’entraînement. C’est aussi la métaphore d’une société qui se veut en santé et qui espère sinon l’atteindre, du moins la conserver. Le moindre trottoir, le moindre parc, le moindre boisé, la moindre piste cyclable, sont, chaque jour, envahis par des hordes de gens en survêtement.

Le fait de faire du jogging ou du vélo dans un parc urbain signale à tous que l’on prend soin de son corps. Montrer que l’on transpire et que l’on respire fortement envoient un signal supplémentaire, celui du nécessaire effort pour être et rester en forme, état jamais atteignable, car ne plus faire l’exercice auquel on s’adonne conduirait, selon la doxa de la remise en forme, le corps à dépérir. Dans toute cette démarche, il est supposé que plus l’ensemble de tous les membres de la société s’adonnent à une activité sportive, plus l’ensemble de la société serait en santé.

Par exemple, l’été venu, la Promenade Champlain (Québec), qui longe le fleuve St-Laurent, se transforme littéralement en gymnase urbain. Joggeurs, marcheurs, cyclistes, rolleurs (roller blade), skaters occupent systématiquement tout l’espace. Les simples marcheurs sont entourés de toutes parts de gens qui désirent soit se mettre en forme, retrouver la forme, ou maintenir la forme. Il y a là une démarche d’efficacité dans une société qui a besoin de ce type d’individu.

Désormais, simplement marcher sur la Promenade Champlain laisse vaguement l’impression que l’on n’est pas à sa place en voyant tous ces gens dans une forme resplendissante.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue / texte et photos, 2018