Café et bonheur social

Boire un café de plus de 7 $/€ préparé par un barista, ne boire que du thé provenant d’une boutique spécialisée, manger un pain bio comportant plus de 18 grains achetés à la boulangerie du coin, se procurer des légumes frais chez le fermier local, être associé à une cause environnementaliste, habiter un loft dans un quartier en plein processus de revitalisation, faire du jogging, fréquenter l’épicerie bio du quartier, manger sainement, manger végétarien ou végétalien, assister à des spectacles de l’avant-garde culturelle, être inscrit au gym, sont tous des comportements qui signalent non pas seulement le statut social, mais signale surtout et avant tout l’appartenance à une certaine classe intellectuelle, instruite et éduquée qui se démarquerait de la moyenne des gens et qui serait en mesure de faire des choix responsables et éclairés, donc des choix qui requièrent un niveau d’instruction que d’autres n’auraient pas.

Pour la chercheuse américaine Elizabeth Currid-Halkett1, une nouvelle élite sociale a fait son apparition : la « classe aspirationnelle » qui fait dans la « consommation discrète » au lieu de celle qui fait dans la « consommation ostentatoire » des décennies précédentes.

Il s’agit d’une élite éduquée qui valorise la connaissance afin de se créer du capital culturel et intellectuel, sans oublier les habitudes de dépenses qui accompagnent ce type de démarcation sociale : services orientés vers le bien-être, la scolarisation et l’investissement en capital humain plutôt qu’en biens purement matériels.

Même si ces choix de consommation n’ont strictement rien à voir avec une consommation ostentatoire, il n’en reste pas moins qu’ils installent les gens dans une classe à part.

Partant de la définition de repère visuel, selon vous, quelles sont les fonctions et les propriétés du repère visuel qui sont ici en jeu ?

© Pierre Fraser (Ph. D.), 2018

[1] Currid-Halkett, E. (2017), The Sum of Small Things: A Theory of the Aspirational Class, Princeton: Princeton University Press.