Le corps et ses représentations / Arts martiaux


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Sans conteste, le corps de Mélodie possède plusieurs atouts, mais sa souplesse est particulièrement exceptionnelle. Elle fait partie de ces personnes dotées d’hyperélasticité aux articulations. Elle peut prendre et maintenir des positions corporelles que peu de personne dans ce monde peuvent réalisées. En cela, nous pouvons affirmer que Mélodie est l’exception qui confirme la règle. Une règle plutôt implicite et imposée par les mécanismes de l’industrie culturelle et de l’imaginaire du sport. Cette règle consiste à satisfaire à l’image mythique du guerrier. Le fonctionnement des compétitions d’arts martiaux est donc fortement tributaire de la représentation d’un mythe, celui de la personne d’exception qui a modelé son corps par le travail pour devenir maître de ses gestes et de son environnement.

Mélodie fait vivre cette image grâce à un travail sur soi qui s’appuie sur ses prédispositions physiques à la souplesse. Elle fait vivre ce mythe justement parce qu’elle ne suit pas les règles du mythe, elle est plutôt l’incarnation du don. Ce don lui procure un avantage qui occulte le type de travail sur soi aux yeux des autres et contribue à maintenir une certaine distance envers ceux qui sont incapable de faire comme elle, même après des années d’efforts. Elle est la représentation vivante de ce que l’on nomme dans le milieu des praticiens « une artiste martial ». Cette appellation recouvre certes une multitude de définitions qui dépendent, la plupart du temps, de ce que valorisent les membres d’un groupe chez un praticien. Ces définitions peuvent varier considérablement d’un groupe à l’autre, mais elles ont toutes en commun le cœur de la structure du mythe : atteindre la perfection par le travail sur soi.

En voyant les prouesses extraordinaires de Mélodie, les spectateurs ne peuvent qu’imaginer le « travail » que requiert une telle performance : du temps pour améliorer la souplesse et la maîtrise d’un corps. Toutefois, cet acte d’interprétation ne peut se faire qu’en s’appuyant sur des modèles de référence, soit d’autres corps qui véhiculent les mêmes performances, les mêmes images1.

Des images provenant des médias et qui demeurent une motivation pour bien des praticiens, sans que le corps de la majorité des gens ne soit disposé à exécutées ces figures hors du commun. Si les figures et les formes exécutées par Mélodie sont capables de créent une résonance chez ses contemporains, voire un engouement prononcé, c’est qu’elle participe déjà à l’ensemble des rouages d’un marché spécialisé. Ce marché est celui du spectacle qui met en scène des performances prisées par toute une industrie qui souhaitent dénicher des talents comme celui de Mélodie. « Le show sportif fonctionne dorénavant comme le cinéma sur la spectacularisation des images et la starisation de ses champions »2.

© Olivier Bernard (Ph. D.), sociologue, 2017


Références
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1 Bernard, O. (2015), Les arts martiaux au cinéma. Département de sociologie. Thèse de doctorat. Québec : Université Laval.

2 Lipovetsky, G., Serroy, J. (2013), L’esthétisation du monde, Vivre à l’âge du capitalise artiste, Éditions Gallimard, France, p. 301.


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