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Les grandes artères de Kyoto sont les seules à posséder un nom et à l’indiquer clairement. Dès que l’on s’engage dans l’une des nombreuses petites rues qui les bordent, on tombe dans un autre monde et on entre alors dans le véritable Kyoto : un labyrinthe de rues très étroites qui se tortillent dans tous les sens. La ville est divisée en arrondissements (-ku), puis en quartiers (-cho), pour finalement être fractionnée en quadrilatères.

Pour donner un aperçu de la complexité de l’enchevêtrement des rues de Kyoto, il faut savoir que le facteur distribuant le courrier six jours par semaine connaît tous les noms des propriétaires du quartier. Cela est nécessaire s’il veut être en mesure de délivrer les paquets dans les temps, l’une des fiertés du pays. De même, un restaurant qui livre à domicile peut garantir un service en 30 minutes. Parions que si vous habitez un quartier moins fréquenté, la moto du livreur de pizza arrivera en 35 minutes, le temps qu’il trouve où se situe exactement votre résidence. Il communiquera son échec à la compagnie et, 20 minutes plus tard, un second livreur vous amènera une pizza gratuite ! On ne badine pas avec les engagements au Japon…

Pour simplifier la vie du facteur, du livreur et des visiteurs, les quadrilatères installent parfois des tableaux où les terrains sont indiqués avec le nom de la famille de l’occupant. Kyoto n’offre donc pas le même anonymat au résident que les villes occidentales. Car si vous habitez un lieu, votre nom est inscrit sur ce tableau du quartier, mais également sur une affichette à l’entrée de votre maison.

Lorsqu’un Japonais invite quelqu’un chez lui, il ne communiquera pas son adresse. Il optera plutôt pour un lieu facile à trouver : la gare ou le temple le plus près. Une heure sera convenue (et des numéros de cellulaire échangés au cas où le rendez-vous serait retardé) et c’est là qu’il rejoindra son invité pour le ramener à la maison. Le chemin est trop difficile à décrire, même pour les Kyotoïtes.

Les rues résidentielles de Kyoto peuvent faire entre 3 et 4 mètres de largeur, ce qui rend le déplacement des voitures dans ces dernières assez difficiles. Elles ne portent aucun nom et ne suivent pas un plan carré, pouvant contourner une rivière ou un temple, ou simplement être coupée par le passage d’une ligne de train. On y trouve des « mansions », mais surtout des maisons de deux ou trois étages, construites pour tenir debout environ 25 ans.

Une rue résidentielle typique de Kyoto

Lorsqu’une famille déménage sur un terrain, la maison précédente sera souvent démolie pour être reconstruite à neuf. Il y a un peu de superstition dans cette pratique et beaucoup de prudence : les matériaux n’étant pas faits pour durer, on préfère reconstruire pour s’assurer de la solidité du bâtiment, particulièrement dans un pays où les tremblements de terre sont fréquents.

Un des problèmes importants des rues résidentielles de Kyoto, outre de s’y retrouver, est la cohabitation entre les piétons, les cyclistes, les motocyclistes, les voitures et les petites camionnettes de type livraison (comme celles qui passent recueillir les ordures et les sacs de récupération). Au contraire des grandes artères et de ses larges trottoirs, l’espace de ces rues étroites n’est pas assez large pour installer un trottoir. Les enfants y circulent donc en collant la gauche (la circulation s’effectuant comme au Royaume-Uni, et non pas comme au Canada). Pour prévenir les accidents, on place des affiches un peu partout indiquant « Réduisez votre vitesse, il y a des enfants ! » ou encore on pose le dessin d’un petit enfant pour rappeler aux chauffeurs d’être prudents.

En passant des trottoirs des grandes artères à l’étroitesse des rues résidentielles, le piéton doit être vigilant

Kodomo ga ooshi, supiido otose (Les enfants sont nombreux, réduisez votre vitesse).

Un autre problème à l’étroitesse des rues est l’absence de stationnement. À Kyoto, pour obtenir l’autorisation d’acheter une voiture, il est nécessaire de prouver qu’un lieu sera disponible pour la stationner. Deux possibilités sont alors offertes au nouveau propriétaire du véhicule : un parking collectif qui peut coûter jusqu’à 1000 $ par mois ou alors un stationnement privé sur le terrain de sa résidence. Les « mansions » offrent généralement un stationnement souterrain à leurs propriétaires. Mais pour les maisons, les terrains n’étant pas très grands, prévoir un emplacement pour y mettre une voiture réduit d’autant plus l’espace disponible pour la résidence. L’utilisation de la voiture est également complexe plusieurs magasins et restaurants n’offrent aucun stationnement (et il est interdit de s’arrêter faire sur la rue).

Ce qui explique sans doute que les Kyotoïtes sont peu nombreux à conduire et que les transports en commun sont bien développés. En plus du réseau d’autobus qui parcourt les grandes artères, la ville est traversée du nord au sud et de l’est à l’ouest par un métro. S’y ajoute un tramway (le Keifuku) et cinq lignes de trains (JR, Hankyu, Kintetsu, Keihan et Eizan). Au contraire de Tokyo et Osaka, les bicyclettes sont admises sur les trottoirs, devenant donc un des moyens privilégiés de déplacement dans cette ville bâtie sur un plateau dans le creux des montagnes et présentant peu de pentes.

Il reste toutefois que les maisons font de plus en plus de place à la voiture, remplaçant le traditionnel jardin par un stationnement. On placera un bloc de béton pour que l’automobile arrête juste au bon endroit, le plus près possible de la maison, à la limite de la rue.

Si les Kyotoïtes se faisaient une fierté d’avoir un jardin ou un arbre à l’entrée de leur maison, de plus en plus on préfère maintenant laisser place au stationnement.

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Valérie Harvey
Doctorante en sociologie, elle s’intéresse principalement aux transformations de la famille qui influencent l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle s’est plus spécifiquement penchée sur le Québec, le Japon et l’Islande.

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