Tradition et modernité  |  La ville  |  Les rues  |  La modernité  |  L’intimité  |  La pauvreté  |  Le recyclage


Les rues de Kyoto ne sont pas exemptes de pauvreté. C’est étonnamment sous les ponts qui traversent la rivière Kamogawa que l’on trouve les abris construits avec des toiles de plastique et des boites de cartons. Lieu hautement touristique pendant la floraison des cerisiers, les ponts des rues Shijō-dōri et Sanjō-dōri protègent les sans-abris.

Sous les ponts de la Kamogawa, les sans-abris installent des bâches de plastiques bleus pour se créer des petites maisons temporaires

N’ayant pas l’autorisation de mendier, ils trouvent d’autres moyens pour ramasser quelques sous. Ayant compris bien avant Facebook et Instagram l’amour des passants pour les jolis minois des chatons, ils installent les chats apprivoisés dans des paniers et invitent les amoureux des félins à laisser quelques sous contre caresses.

Sans être sans-abri, la population qui ne peut s’offrir une maison ou une « mansion » devra louer un appartement ou une chambre. Le loyer est très coûteux dans la vieille capitale : un appartement d’une pièce avec cuisinette et salle de bain minuscule (250 pieds carrés) oscille entre 800 et 1000 dollars canadiens par mois, sans le gaz, l’eau et l’électricité. De plus, il faut payer une caution (shikikin) à la signature du bail qui équivaut à deux mois de loyer. Cette caution, qui devrait être rendue lorsque le locataire quitte l’appartement, n’est dans les faits pas souvent retournée. De plus, la tradition oblige également le nouveau locataire à payer un reikin, c’est-à-dire un cadeau au propriétaire pour le remercier de l’accueillir dans son habitation. Ce reikin vaut lui aussi un mois de loyer, parfois deux dans certains lieux plus prisés. Plusieurs optent donc pour une chambre sans salle de bain (il faudra fréquenter les bains publics), avec cuisinette partagée. Ou bien, ils louent un appartement en banlieue de Kyoto, le quartier de Yamashina, de l’autre côté des montagnes de l’est, ou encore la ville voisine de Kameoka, passée les montagnes de l’ouest, offrent de meilleurs prix. Mais il faudra alors prendre le train plus longtemps pour se rendre travailler ou étudier. Et comme le coût du transport en commun se calcule à la distance parcourue, l’avantage de l’éloignement est vite perdu.

Peu importe la ville, les repères visuels du sans-abri sont universels

Il s’agit d’un véritable casse-tête pour les jeunes qui vivent longtemps chez leurs parents, incapables de se payer un logis à eux. Ils sont parfois surnommés les parasites singles au Japon, car on leur reproche leur célibat qui contribue ainsi à augmenter la dénatalité japonaise. Mais la situation est évidemment plus nuancée. En 2008, un sondage évaluait que 58 % des femmes non mariées vivaient toujours avec leurs parents, et 44 % des plus âgées (44-49 ans) se trouvaient dans cette situation. Une recherche menée par le National Institute of Population and Social Security Research en 2001 soulignait que les parasite singles n’avaient tout simplement pas les moyens de s’établir dans une résidence partagée.

__________
Valérie Harvey
Doctorante en sociologie, elle s’intéresse principalement aux transformations de la famille qui influencent l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle s’est plus spécifiquement penchée sur le Québec, le Japon et l’Islande.

_