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Deux exceptions majeures se font face dans le sud de la ville : la tour de Kyoto et Kyoto-eki, la gare centrale. Construite pour les Jeux Olympiques de 1964, ayant la forme d’une chandelle, la tour de Kyoto fait 131 mètres. Elle est discernable d’à peu près partout dans la ville : on peut la voir des montagnes d’Arashiyama (à l’ouest), du temple Kiyomizu-dera (à l’est) ou du sanctuaire Kenkun-jinja, au nord de la ville. Visible dès que la sortie de la gare principale, elle est à la fois décriée et admirée. D’une conception très moderne, résistante aux tremblements de terre et à des vents très forts, la tour de Kyoto est là pour rester.

La nouvelle gare centrale Kyoto-eki, quant à elle, fut construite pour commémorer le 1200e anniversaire de la ville. Très large, elle accueille de nombreuses lignes de trains. C’est le point de départ et d’arrivée d’à peu près tous les voyageurs. Ses 15 étages abritent plusieurs centres commerciaux, une chapelle extérieure pour les mariages, des places publiques pour les concerts et des restaurants. L’architecte Hiroshi Hara cherchait à marquer le modernisme de la ville et sa gare est un hommage au futurisme avec ses multiples agencements de verres montés sur des courbes d’acier.

Ces deux structures hors-norme de la vieille capitale semblent aller à l’encontre de l’image traditionnelle que l’on se fait de Kyoto. Pour le touriste occidental, débarquer du shinkansen dans la gare ultramoderne de Kyoto et sortir pour apercevoir cette haute chandelle blanche est presque choquant. Dans les pays occidentaux, il est en effet courant d’opposer la tradition à la modernité. Au Québec tout particulièrement, étant donné le revers qu’ont essuyé les traditions catholiques à la Révolution tranquille, il n’est pas aisé de sortir de cette dualité qui oppose les époques : ce qui a été rejeté contre ce qui se fait présentement. Le Japon toutefois n’a pas vécu une telle cassure entre deux époques. La dernière révolution, celle de l’empereur Meiji en 1868, visait justement à rétablir la tradition en redonnant le pouvoir à la famille impériale !

C’est donc une tout autre dynamique qui anime les architectes japonais lorsque vient le moment de commémorer une date-clé. Évidemment, la gare et la tour de Kyoto ne font pas l’unanimité, même parmi les Japonais, mais elles ne sont pas aussi subversives qu’on se l’imagine. Ce mariage entre tradition et modernité est à l’image de ces Japonaises en kimono qui consultent leur cellulaire ou de ces moines qui mangent les plats traditionnels bouddhistes sur des planchers de tatamis rafraîchis grâce à l’air climatisé. Si les temples et sanctuaires font partie du quotidien de la cité, s’intégrant aux rues pleines de voitures et à la vie des habitants en proposant des garderies ou des marchés aux puces, pourquoi la modernité n’aurait pas, elle aussi, sa place ?

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Valérie Harvey
Doctorante en sociologie, elle s’intéresse principalement aux transformations de la famille qui influencent l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle s’est plus spécifiquement penchée sur le Québec, le Japon et l’Islande.

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