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Située au cœur du Kansai, appellation qui désigne le sud-ouest japonais, Kyoto est à 500 kilomètres de la capitale, Tokyo. Ce qui signifie une nuit d’autobus ou deux heures quinze de shinkansen, le TGV japonais, sur la route millénaire du Tōkaidō, le « chemin de la mer de l’est ». Blottie au cœur d’une vallée, la ville est un « château-fort de montagnes » selon les mots de son fondateur, l’empereur Kammu, c’est-à-dire qu’elle est bien protégée par les des monts au nord, à l’est et à l’ouest. Appuyés sur ces contreforts, on trouve les plus beaux des 2 000 temples de la cité. Deux rivières majeures traversent Kyoto : la Katsura-gawa à l’ouest et la Kamogawa à l’est. Elles se fondent en une seule un peu plus au sud, devenant la Uji-gawa, du nom de la cité où elles convergent.

Heian-kyô, comme on l’appela à l’origine, fut construite à partir d’un plan respectant un découpage carré des rues, des marchés, des temples et d’un palais impérial situé au centre nord de la ville, comme cela se faisait dans les villes chinoises de l’époque. La ville s’étendit rapidement au-delà des portes, d’abord vers l’est, puis vers l’ouest. Lors du dernier shogunat (1603-1867), gouvernement militaire, le shogun Ieyasu Tokugawa fit construire le château de Nijō. L’emplacement du château en dit beaucoup sur le pouvoir prédominant exercé par le shogun pendant cette période. En effet, alors que le palais impérial se contente du nord, le château de Nijō est situé en plein centre de la ville. Cette démonstration de pouvoir dans le découpage même de la cité n’est pas que symbolique : lors de la restauration Meiji en 1868, c’est au château de Nijō que le shogun rendit le pouvoir à l’empereur, et c’est à partir de cet endroit central que le souverain tint les premières assises de son gouvernement. Comme on peut le voir, la géographie peut avoir un sens tout à fait politique.

La ville de Kyoto est découpée par de larges artères routières, descendantes des « ōji », ces grandes rues qui faisaient entre 24 et 84 mètres de largeur. Identifiées par des noms de rues lisibles en japonais et en caractères romains pour les touristes, ces « dōri » sont bordées de trottoirs, d’arrêts d’autobus et de feux de circulation pour les voitures et les piétons. Ce peut sembler évident d’en faire la description ainsi, mais, comme nous le verrons plus loin, ces larges artères ne sont pas représentatives de ce que l’on trouve dans le reste de la cité. D’où l’importance d’en brosser le portrait.

C’est principalement sur ces artères que l’on trouve les bâtiments administratifs comme la mairie, les hôpitaux, les universités et les « mansions ». Le mot japonais n’a pas gardé le sens du mot anglais d’où il tire son origine. Les « mansions » ne sont pas des « manoirs », mais plutôt l’équivalent des condos au Québec, c’est-à-dire de petits buildings contenant plusieurs appartements de bonne qualité et qui sont vendus. Les immeubles abritant des « mansions » à Kyoto ne sont pas très hauts, contrairement à ce qu’on peut trouver dans les autres villes du pays. Tokyo, Osaka ou Sapporo par exemple n’hésitent pas à construire des gratte-ciels multipliant les étages hébergeant de multiples entreprises et « mansions ». La municipalité de Kyoto a légiféré pour éviter que le paysage urbain soit envahi par les tours, limitant dès 1973 la hauteur maximale des constructions sur les grandes artères à 45 mètres, puis diminuant encore cette limite en 2003 à 31 mètres.

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Valérie Harvey
Doctorante en sociologie, elle s’intéresse principalement aux transformations de la famille qui influencent l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle s’est plus spécifiquement penchée sur le Québec, le Japon et l’Islande.

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