Pourquoi une sociologie visuelle de la rue ?

Parce que, comme le disait Michel Onfray dans Célébration du génie colérique, «  Rares sont les penseurs qui s’installent aux côtés des victimes du système libéral. La plupart en vantent les mérites, y collaborent, passent sous silence le prix exorbitant des vies et des énergies qu’il confisque pour exister. »

Pour sa part, le cinéaste américain Michael Moore a déjà très bien souligné le fait que la « démocratie n’est pas un sport de spectateur, mais plutôt un événement participatif1 », entendant par là que la démocratie doit inclure tous les citoyens, qu’elle ne doit pas être que représentative, et que chacun doit faire en sorte que la démocratie ne laisse personne de côté. Et faire une telle affirmation dans un pays comme les États-Unis, où le défavorisé est considéré comme un individu qui n’a tout simplement pas réussi à soulever les leviers qui lui auraient permis de sortir de sa condition, c’est presque un acte de suicide.

Cependant, comme « le plus grand nombre n’a aucun intérêt à se soucier de la plèbe, car s’occuper des inutiles et prendre leur parti n’offre aucun bénéfice pour la carrière et l’accès aux paradis de la société qui récompensent les serviteurs les plus zélés – en fait, les meilleurs domestiques2 – », il ne faut donc pas se surprendre si la défavorisation gagne de jour en jour de plus en plus de terrain – et la classe moyenne n’est pas à l’abri – au profit d’une classe qui forme un entre-soi puissant, excluant et dominant.

Et comme le remarque Michel Onfray, « Contre l’engeance des intellectuels, sociologues, philosophes, au service du système qui les appointe, qui se répandent en propos confits pour détourner la brutalité du réel (dans leurs livres, leurs tribunes, les pages des journaux où ils rendent compte des ouvrages qui défendent leurs options, leurs rubriques à la télévision ou à la radio), un courant critique s’oppose, refuse, résiste à la religion libérale. » Dans ce lignage, Pierre Bourdieu était un modèle à suivre, et il l’est encore.

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[1] Democracy is not a spectator sport, it’s a participatory event.
[2] Onfray, M. (2002), Célébration du génie colérique, Paris : Éditions Galilée.