Avec l’arrivée des technologies mobiles, la quantification de soi accède à un niveau de précision inédit. Il est désormais possible, pour chaque individu, de connaître sa condition métabolique générale.

À partir de ces données, il devient possible de « programmer » des exercices et des façons de s’alimenter situées dans certaines fourchettes statistiques afin d’optimiser sa santé.

Autrement, avec l’avancée systématique des technologies liées au Big Data (datamasse médicale), il sera non seulement possible que l’individu puisse disposer de connaissances poussées à propos de son propre corps, mais qu’il puisse également disposer des savoirs requis pour le maintenir en santé et en prolonger sa vie en éliminant l’ensemble des facteurs susceptibles de le perturber et en optimisant ceux susceptibles de lui conserver sa santé, sa force et sa vigueur.

En somme, la quantification de soi est une technique au service de la contenance de soi et de la gouvernance de soi. Autrement dit, elle permet de jauger le corps afin de mieux le contenir et de mieux le gouverner dans un contexte social donné.

Tout comme la quantification de soi, la numérisation de soi est une technique au service de la contenance de soi et de la gouvernance de soi. Elle permet non seulement d’évaluer l’état du corps avec grande précision, mais de le rendre totalement transparent à l’investigation, afin d’agir directement sur lui de l’intérieur avec une acuité inédite — c’est tout le projet du transhumanisme. Le corps transparent est ce corps qui, avec la montée des biotechnologies, des nanotechnologies, de la bioinformatique et de l’intelligence artificielle, se révèle dans son intégralité pour mieux le contenir et mieux le gouverner.

Une chose est certaine. Le corps est une plateforme ouverte, plateforme dans le sens où les ingénieurs de la vie l’entendent, c’est-à-dire, un substrat sur lequel expérimenter, un substrat sur lequel il est possible de bâtir autre chose. Comment cela sera-t-il possible ? Le « cela » n’a aucune importance, l’idée étant qu’ils y parviendront, pour la simple raison que le devenir plus est au cœur même de la logique de la volonté de puissance qui nous anime tous.

Une seule porte de sortie donc, le corps immortel. Et les ingénieurs de la mouvance transhumaniste ont bien l’intention d’y parvenir. Reste maintenant à savoir comment ce discours est en train de se structurer pour tous nous amener à adhérer aux promesses qu’il propose.

© Georges Vignaux (Ph. D. / philosophe), Pierre Fraser (Ph. D. / sociologue), 2018