Le mouvement en faveur de l’environnement a fait un grand bond en 1969 à la suite d’une catastrophe environnementale majeure, celle de la rivière Cuyahoga. Nous passerons ici en revue trois autres catastrophes d’origine humaine, moins connues pour leur impact sur la nature que pour la forte agitation qu’ils ont causé dans la société. De celles-ci, nous avons appris des leçons qui nous ont conduit à une plus grande protection de l’environnement naturel.

Cuyahoga : la rivière qui brûlait (1969 )
Autour de Cleveland (Ohio) s’est développé, au cours du XXe siècle, l’un des plus grands centres industriels des États-Unis. Parallèlement à ce développement industriel massif, la rivière Cuyahoga, qui traverse la ville, est rapidement devenue la rivière la plus polluée. La rivière Cuyahoga était à ce point plein de substances inflammables et de débris flottants, que de temps, en temps sa surface s’enflammait. Plus d’une douzaine de feux ont été enregistrés dans la rivière jusqu’à ce que, en 1969, cette masse de feux flottants attirent l’attention du magazine Time. L’hebdomadaire a publié quelques photos spectaculaires de « La rivière qui brûle plutôt que de suivre son cours ».

La chose a particulièrement choqué la société américaine et a provoqué une prise de conscience qui allait réellement initié le mouvement écologiste aux États-Unis. Jusque-là, jusqu’en 1969, les industries locales pouvaient tout déverser dans les rivières, sans contrôle aucun. Après l’incendie de la Cuyahoga, le mouvement de défense de l’environnement s’est rapidement développé aux États-Unis.

Un Richard Nixon, tout juste arrivé à la présidence, a su voir la préoccupation sociale soulevée par les questions environnementales. C’est donc le 22 avril 1970,  dans la foulée du premier Jour de la Terre, que Nixon a réagi en créant l’ Agence Fédérale de Protection de l’Environnement ( EPA). L’incendie de Cuyahoga, qui se déverse dans le lac Érié, a également provoqué un accord entre les États-Unis et le Canada pour protéger les Grands Lacs, à la frontière entre les deux pays. Un an plus tard, la loi fédérale américaine pour contrôler la pollution de l’eau (Clean Water Act) a été adoptée.

Les échos de cette rivière en feu résonnent encore dans des chansons pop (REM ou Randy Newman), mais ce ne fut pas le feu le plus grave subi par la rivière Cuyahoga. Celui de 1952,  avait été beaucoup plus dévastateur et avait causé beaucoup plus de pertes. En fait, les célèbres photos du Time Magazine de 1969 étaient celles de 1952, parce que, en 1969, les photographes sont arrivés une fois l’incendie éteint, sans compter que, à l’époque, les médias accordaient peu d’attention aux catastrophes environnementales.

La centrale nucléaire de Three Mile Island (1979)
Le 28 mars 1979, un accident s’est produit à la centrale nucléaire de Three Mile Island, à Harrisburg, en Pennsylvanie. Après une fusion partielle du cœur de l’un de ses trois réacteurs, l’alarme a rapidement été déclenché et les reporters de télévision se sont déplacés pour couvrir l’événement, déconcertés par la menace invisible de la radioactivité.

Une quantité indéterminée de gaz radioactifs fut libérée dans l’environnement. Cependant, la contamination radioactive détectée à proximité de l’usine était beaucoup plus faible que dans des accidents tels que Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011). De plus, les études épidémiologiques menées à l’époque n’ont pas trouvé de relation de cause à effet entre l’accident et la légère augmentation des cas de cancer dans la zone de la centrale nucléaire. Il va sans dire que les tâches de nettoyage ont duré 14 ans et ont coûté 1000 millions de dollars.

Encore une fois, la catastrophe environnementale (l’accident nucléaire le plus grave aux États-Unis) a eu plus de conséquences sociales et juridiques que médicales et environnementales. Le mouvement antinucléaire a été réactivé et l’industrie « atomique » a fait l’objet d’une nouvelle législation. L’accident a également eu des conséquences médiatiques. Walter Cronkite, le présentateur de nouvelles le plus légendaire, a qualifié la couverture de Three Mile Island de « jour le plus troublant de l’histoire des médias d’information ». Entre les déclarations contradictoires des experts et l’ ignorance de la physique nucléaire de base de la part de presque tous les 300 reporters déplacés dans la zone, le chaos informatif a été total.

Les médias et les facultés de journalisme se sont rendus compte de la nécessité de former des journalistes spécialisés dans la couverture de l’information sur la science et la technologie. Ainsi, la même année, le premier programme de troisième cycle en écriture scientifique a été créé au Massachusetts Institute of Technology (MIT), suivi de cours similaires à l’Université de Californie et à l’Université de New York.

Le désastre de Séveso (1976 )
Séveso est une petite ville près de Milan, qui serait autrement restée inconnue en dehors de l’Italie, s’il n’y avait pas eu cet accident dans une petite usine chimique fabriquant des pesticides. Une explosion a exposé des dizaines de milliers de personnes avec les plus hauts niveaux de dioxine jamais enregistrés, à savoir la TCDD (2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine), l’un des plus meurtriers de ce type de substances, et reconnu pour faire partie de l’agent orange utilisé par les États-Unis lors de la guerre du Vietnam.

Aucune personne est morte lors de la catastrophe de Seveso, contrairement à ce qui est arrivé après la fuite de gaz la plus célèbre de l’histoire de l’usine de pesticides de Bhopal (Inde) en 1984. En fait, près de 4 000 décès confirmés et plus un demi-million  de personnes affectées. À Séveso, les conséquences immédiates furent, du côté de la population, la panique et les évacuations, alors que plus de 80 000 animaux furent abattus pour empêcher les toxines d’entrer dans la chaîne alimentaire, et des milliers de personnes furent traitées pour empoisonnement à la dioxine.

À long terme, les scientifiques ont pu tirer de nombreuses leçons de Seveso, du fait que les médecins ont conservé des échantillons de sang de tous les patients. Des décennies après l’accident, des études scientifiques ont continué à être publiées, traitant toute cette quantité de données sur l’exposition à la dioxine. De plus, les règles de sécurité industrielle ont été normalisées en Europe. De cet accident est née une loi européenne connue sous le nom de directive Séveso , qui réglemente la manipulation et le stockage des substances chimiques dangereuses.

© Francisco Doménech, 2018