Le panorama technologique qui se dessine offrira de nouvelles possibilités à l’individu et induira des changements graduels dans ses habitudes et ses comportements, mais les tendances observées dans ce domaine sont contradictoires. D’une part, on observe une tendance croissante du « je », et d’autre part, on observe le développement de liens forts entre des individus qui ne se connaissent pas personnellement.

Les deux tendances, en fait, s’articulent autour de cet accès illimité à l’information offerte par le Web. Nous pouvons choisir d’étendre nos cercles sociaux au-delà de notre environnement physique immédiat et de faire partie d’un ensemble plus vaste, ou de nous isoler en discriminant tout ce qui est contraire à nos points de vue, ou bien, de faire les deux, selon les circonstances et notre humeur.

Dans les deux sections qui suivent, nous avons regroupé ce que certains pensent comme étant notre futur. Il va sans dire que certaines de ces positions relèvent, sinon du romantisme, du moins  de la pensée magique.

Esprit individuel
En fait, l’hédonisme a toujours été une caractéristique propre aux êtres humains. Conséquemment, avec les réseaux sociaux, au cours des années à venir, les individus se concentreront de plus en plus sur eux-mêmes, sur la différenciation des autres et sur l’amélioration de leur qualité de vie avec un minimum d’effort. En fait, les modes de vie auront en commun une obsession pour la santé et le bien-être physique, et les coachs de vie, dont le rôle principal est de mettre sous perfusion de bonheur les gens, jouiront d’une grande popularité.

La génération des natifs numériques établira des directives strictes concernant les relations en ligne. Il reste maintenant à démontrer quelle direction ces directives prendront, surtout dans un cadre de bien-pensance plus exacerbé qu’auparavant.

Nous deviendrons de plus en plus des consommateurs et des employés très flexibles, sans fidélité aux marques ou aux employeurs. La vie de l’individu sera régie par ses propres plans de vie et de carrière, avec la priorité aux institutions telles que la famille, le couple et la communauté où nous vivons. Il faut ici émettre des doutes, car de plus en plus, des institutions comme la famille et le couple se modulent désormais à l’aune de la mouvance LGBTQ. Autrement, le sentiment d’appartenance à la communauté dans le monde réel est un phénomène qui s’effrite de plus en plus, mais qui augmente de plus en plus dans le monde virtuel.

L’épanouissement personnel sera recherché au travail et le fait d’y parvenir sera un signe de réussite. Les relations personnelles seront moins resserrées et nous considérerons de plus en plus la consommation comme un moyen de se sentir apprécié et d’acquérir un meilleur statut social. Ce passage confirme en bonne partie notre assertion précédente.

Esprit collectif
Malgré cette tendance croissante qui lie l’individualisme au bonheur, en même temps, nous serons, dans un certain sens, plus sociables que jamais. La mobilité de l’information créera une prise de conscience accrue que nous sommes un groupe humain avec des motivations et des besoins similaires, indépendamment de notre origine ou de notre situation. Chaque partie du monde coexistera dans un monde virtuel unique et nous aurons créé des connexions qui ne dépendront plus du temps ou du lieu. Nous aurons une conscience commune, une intelligence collective et nous aurons réinventé la manière dont nous nous entendons et prenons des décisions parce que nous participerons tous à ce qui se passe sur la planète.

Avec les propositions du paragraphe précédent, nous sommes presque dans une vision de type « au pays des licornes », pour la simple raison que la nature humaine, fondamentalement, exècre tout ce qui va au-delà de sa tribu immédiate. Il est faux de prétendre que nos atavismes disparaîtront comme par enchantement par la simple infusion de plus en plus de technologies facilitant la communication dans le monde réel. L’être humain est avant tout un être territorial, et en ce sens, il peut très bien refuser de vivre dans un monde enchanté quand il est dans le réel, mais accepter volontiers de vivre dans un monde enchanté quand il est dans le virtuel. Et comme l’être humain n’a aucun problème à vivre avec ses propres contradictions, ce scénario est plus plausible que celui du paragraphe précédent.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous verrons l’efficacité du pouvoir individuel sur le collectif, où une idée peut faire le tour du monde en quelques heures. Nous produirons et consommerons différemment, donnant lieu à de multiples modèles d’approvisionnement individuel et collectif. Le crowdsourcing pour le talent, le crowdfunding pour le financement, et le peer-to-peer pour l’échange de biens et de services. Eh bien, ça, on y est déjà !

© Prospective|Société, 2018
© Photo entête : Jens Johnsson