Vie numérique : la vie comme réseau

Tentons, ensemble, pour un instant, de visualiser un immense réseau numérique de type Internet où les principaux nœuds ne sont pas des individus, mais des entreprises, mondialisation oblige.

Par exemple, du nœud de notre entreprise partent des dizaines ou des centaines de liens qui se relient à chaque nœud que sont les employés de celle-ci : c’est le sous-réseau de l’entreprise. Poursuivons notre effort de visualisation. Imaginons maintenant que, du nœud de notre entreprise, partent des dizaines ou des centaines de liens vers les nœuds d’autres entreprises.

Imaginons aussi tous les liens qui partent du nœud d’autres entreprises pour se brancher au nœud de notre entreprise. Imaginons maintenant, tous les infimes liens qui peuvent exister entre les nœuds que sont les employés d’une entreprise vers les nœuds d’autres employés d’autres entreprises.

Poussons encore plus loin notre effort d’imagination. Imaginons que certains nœuds qui représentent des entreprises connectent plus que d’autres : nous savons maintenant qui sont les principaux acteurs économiques. Poussons encore plus loin notre vision.

Étant donné que les nouvelles technologies permettent d’obtenir en temps réel une image de l’état de connexion du réseau numérique global, nous pourrions même voir, en temps réel, un nœud majeur s’enfler ou se contracter, comme le fait le cœur, au fil des connexions et des déconnexions qui vont vers lui ou qui en sortent. Il y a là quelque chose d’absolument fascinant. Et ce quelque chose de fascinant, c’est notre avenir, une vie vécue dans la connexion et la déconnexion permanentes.

Dans une société de type réseau numérique, si l’individu n’est pas l’employé d’une entreprise, mais un travailleur autonome, deux alternatives s’offrent à lui : s’isoler du réseau numérique ou devenir un nœud de celui-ci. Le choix est vite fait.

Le réseau convie l’individu à devenir lui-même un nœud du grand réseau numérique mondial pour être en synchronie avec tous les autres nœuds. C’est par le réseau que le travail et l’argent sont dorénavant en bonne partie disponibles. Il lui faut impérativement se connecter. Pourquoi les gourous du Web 2.0 et des médias sociaux ne cessent-ils de dire : « Créez votre propre réseau ! », « Joignez-vous à des réseaux ! », « Soyez en réseau ! » ? Parce que c’est un impératif.

Le fait d’être connecté au réseau devient « il faut être en réseau ». Le réseau commande le réseautage.

Ce que personne ne sait vraiment, c’est qu’il faut travailler très dur pour devenir un nœud « connecteur », car ne connecte pas massivement qui veut.

Pour connecter massivement, il faut se connecter aux nœuds déjà massivement connectés. Il n’y a pas d’autres issues. Ces nœuds qui connectent massivement peuvent se connecter ou se déconnecter à volonté de n’importe lequel autre nœud en fonction de leurs besoins immédiats.

Il n’y a pas d’histoire pour le nœud qui connecte massivement — au sens de récit de vie —, il n’y a qu’une connexion répertoriée quelque part dans ses bases de données. Il connaît chaque autre nœud comme étant un nœud qu’il peut réactiver à volonté.

La fuite en avant à laquelle chaque individu est confronté, c’est de se brancher au plus grand nombre possible de nœuds qui connectent massivement. C’est sa seule planche de salut. Bienvenue sur le réseau !

© Photo|Société, 2018

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