Dans une société calquée sur le réseau numérique — il faut se faire à l’idée —, l’individu n’est qu’un nœud du réseau auquel on peut se connecter à volonté ou duquel on peut se déconnecter à volonté.

Les relations avec autrui s’entrelacent dans une suite ininterrompue de connexions et de déconnexions aléatoires ou prédéterminées, choisies ou subies.

Dans une logique où les relations avec autrui sont de plus en calquées sur celles qui prévalent dans le réseau numérique — ouverture, partage, collaboration, instantanéité, immédiateté, transparence —, c’est-à-dire, fondées sur les protocoles techniques d’Internet, l’individu connecte et se déconnecte désormais de ses semblables au sens propre du terme. Il reprend contact avec ceux-ci lors de la prochaine connexion.

Pourquoi serait-il nécessaire de mettre à profit le talent et l’expérience d’un individu dans une société de type réseau numérique ? Parce que le talent et l’expérience ne peuvent faire les frais d’une suite constante de connexions et de déconnexions. Ils exigent une certaine constance, chose impossible dans un réseau numérique.

La constance coûte cher en termes d’investissement, non pas seulement sur le plan financier, mais aussi sur le plan personnel. S’investir dans une relation exige un engagement et un investissement. Dans un réseau numérique, l’engagement n’est même pas un critère de fonctionnement. C’est même un handicap.

Le réseau numérique est à ce point efficace, socialement parlant, que tout retour en arrière est pratiquement non envisageable.

[Vie numérique]

© Prospective|Société, 2018
© Photo : Joshua Sortino