En ce qui concerne les gras en général, en décembre 1997, une étude américaine suggère, contrairement au consensus scientifique, que les aliments gras (pour chaque 3 % de la consommation totale de gras, une réduction de plus de 15 % du risque de crise cardiaque s’ensuivrait) ne seraient pas les seuls responsables des maladies coronariennes et qu’ils pourraient même avoir un effet protecteur, pourvu que l’individu ne soit pas obèse[1].

En juillet 1998, celui-là même qui avait attiré l’attention des scientifiques et du grand public à ce sujet dans les années 1950, le biochimiste américain David Kritchevsky (1920-2006), suggère qu’il se pourrait bien que le fromage — riche en gras saturé — puisse être en mesure d’empêcher le cholestérol de bloquer les artères et de conserver au système circulatoire sa santé[2]. Pour sa part, la biochimiste américaine Mary Enig avance l’hypothèse que ce ne sont pas des aliments comme le beurre et les œufs qui sont les grands coupables, mais bel et bien la margarine[3]. En 1999, une étude finlandaise portant sur plus de 29 133 hommes âgés de 50 à 69 ans met en lumière le fait que les hommes dont le taux de cholestérol est trop bas sont les plus susceptibles de développer des troubles d’anxiété et de dépression[4].

Que faut-il penser de cette aventure à propos des gras saturés ?

S’il y a une certitude que l’on puisse avoir à propos de la recherche en nutrition, c’est que l’aliment aujourd’hui considéré comme malsain pourrait bien un jour voir son statut être reconsidéré et redevenir un aliment considéré comme sain. Cependant, il faut bien se garder de penser que tous les aliments précédemment considérés comme malsains redeviendront des aliments considérés comme sains.

L’autre certitude que l’on puisse avoir à propos de la recherche en nutrition, c’est que lorsqu’un aliment redevient un aliment considéré comme sain, peu importe la période de temps où il aura dû purgé sa peine au purgatoire des aliments malsains, lorsqu’il sera réifié, jamais les nutritionnistes ne présenteront des excuses pour les erreurs du passé.

Dernière certitude que l’on puisse avoir à propos de la recherche en nutrition, c’est que si les données scientifiques semblent solides, le bannissement d’un aliment jugé malsain peut durer en moyenne de 2 à 3 décennies.

[L’aventure des gras saturés]

© Pierre Fraser (Ph. D. / sociologue), 2018


Références

[1] BBC (1997), Fat may decrease the risk of stroke, December 24.

[2] BBC (1998), Cheese and milk: recipe for a healthy heart?, July 14.

[3] Enig, M. G., Fallon, S. (1998-1999), The Oiling of America : Margarine’s the Bad Guy, Butter and Eggs the Good Guys, Nexus Magazine.

[4] Partonen, T., Haukka, J., Virtamo, J. et al. (1999), « Association of low serum total cholesterol with major depression and suicide », British Journal of Psychiatry, vol. 175, p. 259-262.