Certains aspects de la condition humaine — handicap, souffrance, maladie, vieillissement — seraient tout à fait inutiles et indésirables. C’est l’épistémologie transhumaniste. Le transhumanisme, c’est l’Homme 2.0, un programme qui se décline en 4 phases.

Phase 1, obtenir une espérance de santé optimale jusqu’à un âge avancé, tant sur le plan physique que mental.

Phase 2, améliorer de façon significative les capacités physiques et mentales.

Phase 3, transcender l’homme en déployant pour lui de nouveaux possibles pour sa nature humaine par l’intermédiaire des biotechnologies et de la bioinformatique.

Phase 4, dématérialiser, délocaliser, détemporaliser le cerveau en le transférant dans un ordinateur, suite logique de ce que les technologies numériques ont d’inscrit au plus profond d’elles-mêmes : dématérialisation, délocalisation, détemporalisation.

Toutes ces étapes, c’est le projet transhumaniste.

Ce vaste chantier du corps amorcé il y a plus de six cent ans est sur une lancée technologique sans précédent. Ce qui attend le corps va au-delà de tout ce qui est pour le moment possible d’imaginer.

Cependant, il est plausible d’avancer l’idée que ce chantier sera encore et toujours fédéré sous la contenance de soi et la gouvernance de soi, concepts formulés par la morale puritaine de la Réforme protestante du XVIIe siècle.

La quantification de soi, à l’aune des technologies numériques, cette capacité dont dispose désormais l’individu à monitorer sa condition métabolique en temps réel, a de beaux jours devant elle.

Ce qui se pointe maintenant à l’horizon c’est la transparence de soi, c’est-à-dire le corps ultimement transparent rendu intégralement visible par toutes les technologies numériques d’imagerie médicale actuellement en développement.

Ce faisant, il est envisageable de penser que la contenance de soi et la gouvernance de soi disposeront de deux outils normatifs extrêmement puissants : la quantification de soi et la numérisation de soi.

Outils normatifs, dans le sens où cette quantification de soi et cette numérisation de soi renverront de plus en plus en temps réel à l’individu les fourchettes statistiques du corps idéal, performant, optimisé et en santé à atteindre. Outils normatifs, dans le sens où l’accès à ces mêmes outils ne sera pas également réparti, d’où possibilité d’inégalités sociales et de stratification sociale.

[Projet transhumaniste]

© Pierre Fraser (Ph. D. / sociologue), 2018