L’aventure des gras saturés : la Framingham Study

L’année 1957 marque un jalon important dans la reconfiguration des pratiques alimentaires avec la Framingham Heart Study menée depuis 1948 dans la ville de Framingham dans le Massachusetts aux États-Unis[1], car elle débouche sur une toute nouvelle façon d’envisager et de traiter les problèmes cardiovasculaires avec la notion de facteur de risque. Auparavant perçues comme une conséquence inévitable de l’âge, les maladies cardiovasculaires entrent désormais dans le giron des maladies induites par l’environnement et l’alimentation.

L’hypertension sera le premier facteur de risque à être officiellement identifié[2]. L’excès de cholestérol, fortement soupçonné d’y contribuer, ne sera confirmé officiellement qu’en 1977[3].

Après la publication des premiers résultats de la célèbre Framingham Heart Study mettant en cause comme source de maladies les habitudes de vie (tabagisme, nourriture riche en lipides, sédentarité)[4], et avec la publication de plusieurs autres études menées sur le cholestérol par l’industrie de la margarine, se répandra de plus en plus l’idée que le beurre et les œufs sont mauvais pour la santé[5].

En s’appuyant sur les résultats de la Framingham Study, de plus en plus de chercheurs établissent des liens de cause à effet entre la mortalité par maladies cardiovasculaires et la consommation de gras[6].

D’ailleurs, les statistiques internationales montrent, avec preuves à l’appui, qu’il existerait une corrélation forte entre le fait de consommer des aliments saturés en gras (produits laitiers et viandes) et la mortalité coronarienne[7].

L’étude Finnish Mental Hospital Study, menée de 1959 à 1971 dans deux hôpitaux situés tout près d’Helsinki, aurait clairement établi ce lien en remplaçant le beurre par des huiles végétales, la démarche conduisant à une réduction significative de la mortalité coronarienne chez les hommes[8].

D’autres études statistiques menées en Norvège et en Finlande soutiennent elles aussi cette thèse du gras lié à la mortalité coronarienne : (i) pendant la guerre, alors que la consommation de gras provenant du lait, du beurre et des œufs avait grandement diminué, les chercheurs auraient constaté une diminution importante de la mortalité coronarienne ; (ii) une fois la guerre terminée, une fois le réseau de distribution alimentaire rétabli, le taux de mortalité coronarienne était revenu à son niveau d’avant-guerre[9].

Au Canada, ce sont en bonne partie les données statistiques de 1959[10] et 1971[11] de la Metropolitan Life Insurance qui serviront de point de départ pour élaborer une suite de recommandations relativement à la consommation de gras.

[L’aventure des gras saturés]

© Pierre Fraser (Ph. D. / sociologue), 2018
© Photo, Evelyn


Références
[1] Mahmood, S. S., Levy, D., Vasan, R. S., Wang, T. J. (2014), « The Framingham Heart Study and the epidemiology of cardiovascular disease: a historical perspective », The Lancet, vol. 383, p. 999-1008.

[2] Dawber. T. R., Moore, F. E., Mann, G. V., « Coronary heart disease in the Framingham study [archive] », American Journal of Public Health, 1957, vol. 47, n° 4.

[3] Gordon, T., Castelli, W. P., Hjortland, M.C., Kannel, W. B., Dawber, T.R. (1977), « High density lipoprotein as a protective factor against coronary heart disease. The Framingham study », American Journal of Medecine, vol. 62, p. 707–714.

[4] Kannel, W., Gordon, T. (1968), The Framingham Study, Washington D.C. : U.S. Government Printing Office.

[5] Dupré, R. (1999), « If It’s Yellow, It Must be Butter »: Margarine Regulation in North America Since 1886 », The Journal of Economic History, Cambridge : Cambridge University Press, vol. 59, n° 2, June, p. 353-371.

[6] World Health Organization (1976), World Health Statistics Annual 1973. Volume I: Vital statistics and causes of death, Geneva : World Health Organization.

[7] Strom, A. J., Jensen, R. A. (1951), « Mortality from circulatory diseases in Norway 1940-1945 », The Lancet, vol. 1, n° 126.

[8] Turpeinen, O. (1979), « Effect of cholesterol-lowering diet on mortality from coronary heart disease and other causes », Circulation, vol. 59, p. 1-7.

[9] Malmros, H., (1950), « The relation of nutrition to health. A statistical study of the effect of the war-time on arteriosclerosis, cardio-sclerosis, tuberculosis and diabetes », Acta of Medecine of Scandinavia, vol. 138, suppl. 246, n° 137.

[10] Metropolitan Life Insurance Company (1959), New Weights Standards for Men and Woman, Statistical Bulletin, vol. 40, p. 1-10.4.

[11] Metropolitan Life Insurance Co. (1971), « Cardiovascular diseases : United States, Canada and Western Europe », Statistical Bulletin, vol. 52, p. 2-7.

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