Au début des années 1950, deux « ennemis » de la santé seront particulièrement pointés du doigt : les gras saturés et le cholestérol. Alors que la calorie est réputée favoriser la prise de poids, les gras relèveraient d’une tout autre dynamique, plus pernicieuse, qui entraînerait des problèmes coronariens importants.

Il importe de retracer les moments qui ont conduit à faire des gras et du cholestérol des éléments clés dans la construction sociale de la saine alimentation dans l’ensemble de tous les pays industrialisés :

(i) John Goffman (1918-2007), en 1950, établit un lien fort entre cholestérol et problèmes coronariens ;

(ii) l’épidémiologue américain Ancel Keys (1904-2004), en 1953, établit un lien entre consommation d’huiles végétales et maladies cardiovasculaires ;

(iii) la Framingham Heart Study, en 1955, prouve que certains aliments et habitudes de vie sont des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires ;

(iv) le chirurgien britannique Dennis Burkitt (1911-1993), en 1962, avance l’idée que la consommation de fibres alimentaires peut réduire la possibilité de développer le cancer du côlon — dans la foulée de ses travaux, d’autres chercheurs avanceront l’idée que les fibres alimentaires réduisent les taux de mauvais cholestérol ;

(v) le cardiologue français Michel de Lorgeril, en 1990, propose la thèse du French Paradox .

Partant de là, les prochains articles de « L’aventure des gras saturés » tenteront de voir comment ces jalons ont socialement construit la notion contemporaine de saine alimentation, et comment celle-ci est au fondement même de tout ce courant visant à transformer, améliorer et augmenter le corps.

[L’aventure des gras saturés]

© Pierre Fraser (Ph. D. 1 sociologue), 2018
© Photo : Jérémy Stenuit