Omega 3 : une nouvelle vertu magique

Des chercheurs de l’Université de Surrey, au Royaume-Uni, ont découvert qu’un gramme d’huile de poisson (Omega 3) par jour pouvait aider à réduire la douleur chez les patients souffrant d’arthrose, une maladie qui touche environ 18% des femmes et 9,6% d’hommes de 60 ans et plus un peu partout dans le monde.

Plus précisément, les chercheurs ont analysé 68 études antérieures dans le domaine, et ont constaté qu’un supplément d’huile de poisson à faible dose, c’est-à-dire une capsule standard et demi, pourrait aider à réduire la douleur pour les patients souffrant d’arthrose, tout en améliorant la santé cardiovasculaire.

En fait, les acides gras essentiels contenus dans l’huile de poisson réduisent l’inflammation dans les articulations, ce qui aide à soulager la douleur, ont expliqué les chercheurs. Ils ont également constaté une réduction de poids pour les patients en surpoids et obèses, en autant que la prise d’Omega 3 soit accompagné d’exercices adaptés à la mobilité, augmentant ainsi le soulagement des symptômes liés à l’arthrose .

Étant donné que le surpoids et l’obésité augmentent non seulement la tension articulaire, elles peuvent également provoquer une inflammation systémique dans tout le corps, ce qui aggrave encore plus la condition arthritique, toujours selon les chercheurs de l’étude.

Il a également été relevé qu’une augmentation des aliments riches en vitamine K , tels que le chou frisé, les épinards et le persil, aide les patients souffrant d’arthrose à améliorer leur qualité de vie. La vitamine K est nécessaire pour les protéines qui en dépendent et qui se trouvent dans l’os et le cartilage. Un apport inadéquat de la vitamine affecte négativement le fonctionnement de la protéine, ce qui affecte la croissance et la réparation osseuse et augmente le risque d’arthrose .

© Ali Mobasheri, professeur de physiologie musculo-squelettique / Université de Surrey, U.K.

Que faut-il penser de cette nouvelle étude concernant les Omega 3 ?

La saine alimentation, en tant que construction sociale, possède un statut qui relève de l’ordre du symbolique : établir un lien, faire image, évoquer, dire et faire dire, partager un sens dans quelques propositions transmissibles, et dans le meilleur des cas, résumer en un cliché ce qui fera étiquette sociale (minceur = santé ; antioxydant = santé métabolique ; Omega 3 = santé cardiovasculaire ; fibres alimentaires = santé intestinale). Finalement, le concept même de saine alimentation se cale dans la même logique que les produits vedettes pour la santé : l’affirmation santé, la prétention santé et la fonction santé.

Par exemple, lorsque les nutritionnistes suggèrent qu’il faut boire quotidiennement une certaine quantité de vin rouge pour prévenir le développement de maladies coronariennes [1], ils se fondent sur des données scientifiques établies et vérifiées [2]. Par contre, ils extrapolent en voulant faire du vin rouge une boisson cardiopréventive pour tous en omettant de dire que l’effet préventif en question ne s’applique qu’aux gens qui consomment déjà et régulièrement de bonnes portions d’aliments saturés en gras .

Autre exemple, dire que les Omega 3 ont un effet cardiopréventif ou permettent de réduire la portée de l’Alzheimer [3] entre exactement dans la même logique, alors que les méta-analyses concluent que les Omega-3 n’ont peu ou pas d’effet sur la prévention de la mortalité coronarienne . Même chose pour les fibres, alors que les études convergent toutes vers un même point : il n’y aucun bénéfice attendu en ce qui concerne le syndrome du côlon irritable [4].

Une autre caractéristique de la prétention santé est que, malgré les études invalidant les effets préventifs attendus, elle conserve cette prétention santé pendant plusieurs années. À ce sujet, le lecteur trouvera ici une analyse de cette construction sociale de tous ces aliments et nutriments supposés améliorer ou maintenir la santé.

© Pierre Fraser (Ph. D. / sociologue), 2018


Références
[1] Constant, J. (1997), « Alcohol, ischemic heart disease, and the french paradox », Clinical Cardiology, vol. 20, p. 420-424.

[2] Rizos, E. C., Ntzani, E. E., Bika, E. et al. (2012), « Association Between Omega-3 Fatty Acid Supplementation and Risk of Major Cardiovascular Disease EventsA Systematic Review and Meta-analysis », Journal of American Medical Association, vol. 308, n° 10, p. 1024-1033.

[3] Fotuhi, M., Mohassel, P., Yaffe, K. (2009), « Fish consumption, long-chain omega-3 fatty acids and risk of cognitive decline or Alzheimer disease: a complex association », Nature Clinical Practice in Neurology, vol. 5, n° 3, p. 140-152.

[4] Cann, P. A., Read, N. W. (1984), « What is the benefit of coarse wheat bran in patients with irritable bowel syndrome? », Gut, vol. 25, n° 168.

 

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