L’aventure des Omega 3

Les années 1980 marquent le début de l’aventure des effets bénéfiques de l’huile de poisson (Omega 3). Tout commence en 1971 avec la publication d’une première étude portant sur le cholestérol des Esquimaux du Groenland[1].

Suivent, dix ans plus tard, d’autres études qui lieront le régime alimentaire riche en poisson des Esquimaux du Groenland[2][3] et celui des Japonais[4] à la faible incidence de mortalité par maladies coronariennes : les longues chaînes n-3 d’acides gras polyinsaturés, abondante dans la chair des poissons, contribueraient à abaisser de façon significative les niveaux de mauvais cholestérol, à augmenter la vasodilatation et à réduire l’agrégation plaquettaire[5][6].

Afin de vérifier si la consommation de poissons et de fruits de mer (2,23 gr/j d’Omega 3) a un réel effet sur la santé cardiovasculaire, une vaste étude[7], qui durera six ans, est lancée en 1986. Comportant plus de 44 895 participants âgés de 40 à 75 et sans problèmes cardiovasculaires préalablement connus[8], l’étude en question sera l’objet d’un suivi méthodique pendant plus de dix ans.

En octobre 1995, les premiers résultats de l’étude amorcée en 1986 à propos des Omega-3 sont publiés : des 44 895 participants, 1 543 ont été victimes d’un quelconque événement coronarien. De ceux-ci, 264 sont directement décédés d’une crise cardiaque, 547 ont été victimes d’un infarctus non fatal du myocarde et 732 ont dû subir un pontage ou une angioplastie. L’étude en arrive à la conclusion «  […] que consommer un ou cinq repas de poisson par semaine est peu susceptible de réduire le risque coronarien chez des hommes ne présentant aucun problème cardiovasculaire préalablement connu[9]. »

En 2006, une méta-analyse portant sur plus de 41 études de cohortes arrive à la conclusion que « les longues chaînes et les plus courtes chaînes d’acides gras Omega-3 n’ont pas d’effet clairement établi sur la mortalité totale — événements coronariens ou cancer[10]. » Cependant, le marché des suppléments d’Omega-3 prend littéralement son envol au milieu des années 1990[11] et atteint, en 2011, des ventes annuelles de l’ordre de 25,42 milliards de dollars[12].

Finalement, en 2012, une méta-analyse arrive à la conclusion que la prise de suppléments d’Omega-3 ne peut en aucune façon être associée à une diminution du risque de mortalité, tant pour la mortalité en général que pour la crise cardiaque, la mort subite ou l’infarctus du myocarde associé ou non à l’obésité[13]. Pour sa part, la Food and Drug Administration approuve l’administration de suppléments d’Omega-3 uniquement comme agent permettant d’abaisser le taux de triglycérides chez les patients hypercholestérolémiques[14].

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© Pierre Fraser (Ph. D. / sociologue), 2018


Références
[1] Bang, H. O. Dyerberg, J, AaseBrondum, N. (1971), « Plasma lipid and lipoprotein pattern in greenlandic wet-coast eskimos », The Lancet, vol. 1, n° 7710, p. 1143-1146.

[2] Bang, H. O., Dyerberg, J, Sinclair, H. M. (1980), « The composition of the Eskimo food in north western Greenland », American Journal of Clinical Nutrition, vol. 33, p. 2657-2661.

[3] Kromann, N., Green, A. (1980), « Epidemiological studies in the Upernavik district, Greenland: incidence of some chronic diseases 1950-1974 », Acta Medica Scandinavia, vol. 208, p. 401-406.

[4] Hirai, A., Hamazaki, T., Terano, T., et al. (1980), « Eicosapentaenoic acid and platelet function in Japanese », The Lancet, vol. 2, p. 1132-1133.

[5] Leaf, A., Weber, P. C. (1988), « Cardiovascular effects of n-3 fatty acids », New England Journal of Medicine, vol. 318, p. 549-557.

[6] Schmidt, E. B., Dyerberg, J. (1994), « Omega-3 fatty acids: current status in cardiovascular medicine », Drugs, vol. 47, p. 405-424.

[7] Hunter, D. J., Rimm, E. B., Sacks, F. M., et al. (1992), « Comparison of measures of fatty acid intake by subcutaneous fat aspirate, food frequency questionnaire, and diet records in a free-living population of US men », American Journal of  Epidemiology, vol. 135, p. 418-427.

[8] Ascherio, A. et al. (1995), « Dietary Intake of Marine n-3 Fatty Acids, Fish Intake, and the Risk of Coronary Disease among Men », New England Journal of Medecine, vol. 332, p. 977-983.

[9] Hunter, D. J., Rimm, E. B., Sacks, F.M., et al., op. cit.

[10] Hooper, L., Thompson, R. L., Harrison, R. A. (2006), « Risks and benefits of omega 3 fats for mortality, cardiovascular disease, and cancer: systematic review », British Medical Journal, vol. 332, n° 752.

[11] Bimbo, A. P. (2009), « Raw material sources for the long-chain omega-3 market: Trends and sustainability. Part 1 », 99th AOCS Annual Meeting & Expo in Seattle, Washington, USA.

[12] Sprinkle, D. et al. (2012), Global Market for EPA/DHA Omega-3 Products, Packaged Facts for The Global Organization for EPA and DHA Omega-3, p. 3.

[13] Rizos, E. C., Ntzani, E. E., Bika, E. et al. (2012), « Association Between Omega-3 Fatty Acid Supplementation and Risk of Major Cardiovascular Disease EventsA Systematic Review and Meta-analysis », Journal of American Medical Association, vol. 308, n° 10, p. 1024-1033.

[14] USFDA, http://www.accessdata.fda.gov/drugsatfda_docs/label/2012/021654s034lbl.pdf.

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