Les essais cliniques et le facteur de risque

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’arrivée des essais cliniques à grande échelle initie une représentation inédite du corps : il est désormais possible de déterminer un état moyen de santé des corps à partir de fourchettes statistiques.

Avec les essais cliniques, le corps est traversé de nouvelles normes : déplacement des distinctions entre santé et maladie ; déplacement d’une médecine préventive vers une médecine prédictive ; métamorphose du corps normal et du corps pathologique où l’essai clinique efface le corps malade visible à ses signes par un corps malade située dans une fourchette statistique effaçant les repères du visible.

Conséquemment, le moindre symptôme et le moindre signe incongru du corps peuvent être porteurs d’un signe de défaillance avérée ou non. En fait, tout se situe dans le potentiel d’une quel-conque défaillance qu’il faudrait parvenir à maîtriser en aval en déployant une batterie d’interventions et de moyens.

Avec la génétique, de plus en plus en mesure de repérer des défauts potentiels, avec les essais cliniques statistiquement capables de prédire le développement de telles ou telles maladies, se dessine la trame d’un horizon de la peur de plus en plus rapproché : le corps peut trahir. Il est vecteur de menaces, d’incertitudes et de peurs.

Conséquemment, un processus sans précédent de prise de contrôle du corps à travers les tests de dépistage, l’imagerie médicale, la médecine nucléaire, les prises de sang et autres évaluations fournies par une batterie de spécialistes et de technologies relient dans une chaîne causale extrêmement serrée les niveaux génétique, biochimique, biophysique, systémique et comportemental.

Le corps du XXe siècle est donc un corps à surveiller. Se prolonge ici, à travers la science médicale, la biologie, la génétique et les biotechnologies, l’application à un degré sans précédent de l’idée de contenance de soi et de gouvernance de soi amorcée au XVIIe siècle par la morale puritaine de la Réforme protestante.

© Pierre Fraser, Ph.D. / 2014-1208
© Marcelo Leal / Photo

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