Le corps facteur de risques

Deux idées structurantes à propos du corps traversent tout le XXe siècle et les deux premières décennies du XXIe siècle.

Premièrement, la notion voulant que la nature constitue une limite absolue est sur son déclin. Le corps, conçu comme un projet, ouvre dorénavant des possibilités inédites, puisqu’il est possible de le transformer et de le modifier. Retravailler le corps et le refaçonner n’est plus simplement une question de savoir s’il est possible ou non de le faire, mais bien une question identitaire et de choix personnel. Refaçonner le corps par l’entremise de diètes, d’activités physiques et de chirurgie esthétique est peut-être non seulement le témoignage éloquent d’une démarche d’esthétisation du corps au jour le jour [1]-[2] , mais peut-être aussi une démarche narcissique propre à la culture contemporaine [3].

Deuxièmement,  si le corps est à ce point le porteur d’une identité sociale, si le corps est à ce point une plateforme sur laquelle s’érige la personnalité, il s’ensuit forcément que le moindre dérèglement potentiel doit être traqué et mis hors d’état de nuire le plus tôt possible : il vaut donc mieux prévenir que guérir.

Dans cette foulée d’un corps de plus en plus flexible, malléable, transformable et métamorphosable, d’un corps devenu l’ultime identification à soi, il y a aussi, chevillé à ce corps, l’incontournable corps devenu vecteur de menaces, d’incertitudes et de peurs.

Si le corps est à ce point le porteur d’une identité sociale, si le corps est à ce point une plateforme sur laquelle s’érige la personnalité, il s’ensuit forcément que le moindre dérèglement potentiel doit être traqué et mis hors d’état de nuire le plus tôt possible : il vaut donc mieux prévenir que guérir.

Conséquemment, c’est aussi un horizon de la peur de plus en rapproché qu’offre le corps, la peur de la maladie et de la défaillance, la peur de ne plus être ce corps socialement acceptable et désirable.

© Pierre Fraser, 2014-2018 / texte
© Guillaume Piron / Photo


Références
[1] Featherstone, M., Hepworth, M. (1991), « The mask of ageing and the postmodern life course », The Body : Social Process and Cultural Theory, London : Sage.

[2] Welsch, W. (1996), « Aestheticization processes : Phenomena, distinctions, prospects », Theory, Culture and Society, vol. 13, n° 1, p. 1-24.

[3] Lasch, C. (1980), The Culture of Narcissism, New York : Abacus.

 

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