La technologie qui nous facilite la vie augmente en même temps la complexité des systèmes. En reliant tous et tout, elle génère l’effet d’externalité de réseau. Cet effet est aisément perceptible dans les réseaux sociaux.

Les premiers membres d’un réseau social trouvent difficilement des lecteurs partageant une opinion similaire ; donc l’utilité du réseau est faible. Par conséquent, c’est dans ses premiers mois d’opération que son existence est la plus menacée. D’un autre côté, plus il y a de personnes qui y adhèrent, plus il est pertinent pour chacun des membres d’exprimer une opinion quant à la visibilité qu’ils obtiennent. L’utilité croît donc de façon exponentielle au fur et à mesure que son acceptation grandit, à la manière d’une spirale vertueuse. En parallèle, la complexité des relations interpersonnelles dans le réseau se développe également.

[En lien avec ce sujet : Un robot veut occuper mon emploi]

Et quand un phénomène devient trop compliqué, comme c’est le cas présentement avec les réseaux sociaux, l’intelligence humaine a tendance à le modéliser : elle divise le problème en parties élémentaires et recherche les relations qui répondent au comportement observé. Cependant, bien que nous ayons appliqué la technologie à l’amélioration et à l’automatisation des parties qui composent les systèmes technologiques en place, nous n’avons pas été aussi efficaces pour comprendre et améliorer les relations qui existent entre toutes les parties de tous ces systèmes. Conséquemment, rares sont ceux qui peuvent prédire qu’elle sera la portée exacte des réseaux sociaux d’ici à peine cinq ans.

Dans un monde interconnecté comme l’est le nôtre, et ce n’est pourtant que le début, le résultat de chaque élément en alimente un autre, qui alimente récursivement à son tour le premier et ainsi de suite. La réalité actuelle, en plus de changer de façon exponentielle, est complexe. Cependant, nous avons l’avantage que la technologie qui crée cette complexité est aussi notre meilleur allié pour la gérer.

Autrement dit, la technologie appelle à la création d’autres technologies pour gérer les technologies déjà en place. C’est ce que le sociologue Jacques Ellul nommait « l’autonomie technologique ».

[Futur proche]

© Prospective|Société, 2018