►  Le risque environnemental


En tant que civilisation, notre progression, au fil du temps, en tant que société, s’est accompagnée de nouveaux défis. Par exemple, comme nous nous sommes collectivement organisés en tribus, et par la suite en villages et en villes, nous avons facilité la propagation de certaines maladie. À ce titre, au Moyen Âge, les épidémies de peste noire ont éliminé entre 30% et 60% de la population européenne.

De même, nos voyages tout autour de la planète, à partir de la Renaissance, nous ont permis d’emmener avec nous des maladies qui, autrement, n’auraient jamais existé sur les continents nouvellement explorés. D’ailleurs, après la colonisation européenne des Amériques, certaines épidémies ont anéanti près de 95% des populations autochtones.

D’autre part, la révolution industrielle a initié de profonds et énormes changements dans nos capacités en tant qu’espèce. Elle a jeté les bases d’un progrès rapide des connaissances scientifiques, de l’ingénierie et des capacités de fabrication. Cela nous a permis de profiter de sources d’énergie bon marché, puissantes, et facilement accessibles, soit celle des combustibles fossiles. Cela nous a aidés à soutenir une population mondiale croissante, qui a plus que doublé entre 1700 et 1850. À ce titre, la population de l’Angleterre (source de la Révolution industrielle) est passée de 5 à 15 millions tout au cours de cette période, pour doubler à nouveau à 30 millions, tout juste avant le début du XXe siècle[1].

Ces nouvelles capacités technologiques nous ont permis d’extraire plus de ressources, d’imposer des changements beaucoup plus importants sur notre environnement et de soutenir plus d’humains que la chose n’avait jamais été possible. Depuis lors, nous n’avons pas cessé d’accélérer sur cette voie, le tout couplé à une mondialisation de toutes nos activités économiques, à un développement scientifique et technologique accru, à une population mondiale croissante et, au moins dans les pays développés, une amélioration de la qualité de vie et une empreinte écologique qui représente cette consommation à grande échelle des ressources naturelles.

Aujourd’hui, l’humanité a la capacité de façonner son environnement, à la fois localement et globalement, beaucoup plus que toutes autres espèces ne saurait le faire, même supérieure à celle des cyanobactéries qui ont permis à notre planète, à la période du Permien-Trias, d’abriter la vie à base d’oxygène. Partout dans le monde, nous avons transformé de vastes étendues de terres pour nos besoins, cultiver d’immenses terres agricoles pour produire des centaines de millions de tonnes de nourriture, afin de nourrir les habitants de toutes les grandes villes du monde ; abriter des  des millions de personnes ; construire des routes pour faciliter le transport de tout ce que nous transformons, produisons et vendons ; concevoir d’immenses décharges pour accueillir nos déchets.

Nous avons également développé des structures et des outils, tels que la climatisation et le chauffage, qui nous permettent de peupler presque tous les habitats de la Terre, des réseaux d’approvisionnement pour nous soutenir dans tous les endroits que nous avons colonisés. Nous avons réalisés des progrès scientifiques majeurs, tels que les antibiotiques, les mesures d’hygiène publique, la lutte antiparasitaire, afin de nous défendre contre les agents pathogènes de notre environnement. Nous nous modifions également pour mieux nous adapter à notre environnement, par exemple, grâce aux vaccins.

Cette plus grande puissance sur nous et notre environnement, combinée à des méthodes de plus en plus efficaces de mettre en réseau toutes nos ressources, nous a permis de coordonner nos activités et d’agir directement sur notre environnement, ce qui nous a conféré une grande résistance contre de nombreuses menaces auxquelles nous sommes confrontés. Dans la plupart des pays développés, nous pouvons garantir un accès adéquat à la nourriture et à l’eau pour la grande majorité de la population, compte tenu des conditions de fluctuation normale des cultures.

Nos sources alimentaires sont variées en termes de type et d’origine géographique et de nombreux pays stockent des réserves alimentaires. De même, les réseaux électriques fournissent une source d’énergie stable aux populations du monde développé, avec des conditions normales de fluctuation dans la production. Nous disposons de systèmes d’hygiène adéquats et un accès assuré  à des services médicaux, encore là, compte tenu des fluctuations normales du fardeau des maladies, et ainsi de suite.

De plus, nous disposons de ressources financières suffisantes et de la stabilité sociale nécessaire pour financer ces lieux de recherche et du savoir que sont les universités. Ainsi, scientifiques et chercheurs peuvent travailler librement sur des solutions à de nouveaux problèmes ou sur le progrès de nos sciences et le développement de nouvelles technologies, l’idée étant de nous fournir des outils toujours plus performants pour modifier notre environnement et éviter de le dégrader, tout comme d’augmenter notre qualité de vie et résoudre nos futurs problèmes.

Cependant, faut-il ici préciser que ces privilèges, qui existent dans une moindre mesure dans les pays en développement, découlent dans de nombreux cas de relations d’exploitation avec ces mêmes pays, mais cette question dépasse le cadre de cet article. Toutefois, cela met l’accent sur la résistance ou la vulnérabilité de l’être humain en tant qu’espèce, qui est davantage liée à la résistance des plus favorisés qu’à la vulnérabilité des plus défavorisés, sauf en ce qui concerne les catastrophes qui affectent les populations les plus vulnérables du monde, ce qui influencerait sans aucun doute la résistance des populations moins vulnérables.

Malgré tout, de nombreux outils, réseaux et processus qui nous rendent plus résilients et efficaces dans des circonstances « normales », nous rendent pourtant plus vulnérables dans des conditions extrêmes. Bien que la déficience modérée (par exemple, une récolte locale de faible performance) peut être absorbée par un réseau compensé, il n’en ira pas de même avec une situation catastrophique, car elle dépassera rapidement les capacités du système de gestion de crise déjà en place.

© Seán Ó hÉigeartaigh, 2018


Références
[1] Jefferies, J. (2005), « The UK Population: Past, Present and Future », Focus on people and migration, Reino Unido, Palgrave Macmillan.


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