Certaines études ont démontré que les changements alimentaires, en particulier l’ajout d’antioxydants, seraient en mesure de contrecarrer les effets néfastes de l’exposition à des niveaux élevés de pollution de l’air sur de courtes périodes, selon ce qu’explique le chercheur Chris C. Lim de la New York University School of Medicine. Cependant, ce que nous ne savions pas, c’est si ce type de régime alimentaire peut réellement influencer l’association entre l’exposition à la pollution de l’air à long terme et ses effets positifs sur la santé.

Riche en antioxydants, le régime méditerranéen favorise la consommation de fruits, de légumes, de grains entiers, de légumineuses, d’huile d’olive, de poisson et de volaille, tout en diminuant la consommation de viande rouge et d’aliments transformés. Faut-il ici rappeler que les antioxydants sont des molécules qui brisent les radicaux libres connus pour provoquer des dommages aux cellules et aux tissus.

Les chercheurs de l’équipe, dont le doctorant Chris C. Lim, ont analysé les données de l’Association américaine des retraités (AARP) dans le cadre de l’étude longitudinale Diet and Health Study de la National Institutes of Health (NIH). Pendant plus de 17 ans, cette étude a suivi 548,699 personnes (dont l’âge moyen était de 62 ans au moment de sa mise en place) dans plus de six États : la Californie, la Caroline du Nord, le New Jersey, la Floride, la Louisiane, la Pennsylvanie, et deux villes, soit : Atlanta et Detroit. Depuis les débuts de l’étude, plus de 126 835 personnes sont décédées.

Les scientifiques ont créé quatre groupes de participants : (i) en fonction de leur niveau d’adhésion à un régime méditerranéen ; (ii) exposition à long terme aux particules fines (PM2.5), (iii) exposition au protoxyde d’azote (NO2) ; (iv) exposition à l’ozone (O3).

L’étude a révélé que les décès de toutes causes augmentaient de 5% pour chaque augmentation de 10 parties par milliard (ppb) de l’exposition moyenne au NO2 à long terme en fonction de la baisse progressive de l’adhésion à un régime méditerranéen.  À l’inverse une forte adhésion à un régime méditerranéen a plafonné à 2%.

Ce que révèle également l’étude, c’est que les décès dus aux maladies cardiovasculaires ont augmenté de 17% pour chaque 10 microgrammes par mètre cube (microgramme / m3) d’augmentation de l’exposition moyenne à long terme aux PM2,5 chez ceux qui ont le moins suivi le régime méditerranéen , contre 5%  parmi ceux qui ont le plus adhéré à ce régime. Les décès dus aux maladies cardiovasculaires ont augmenté de 10% pour chaque augmentation de 10 ppb au niveau de l’exposition au NO2 chez les moins adhérents contre 2% chez ceux qui ont le plus suivi ce régime.

Les décès par crise cardiaque ont augmenté de 20% pour chaque augmentation de 10 microgrammes / m3 d’exposition aux PM2,5 chez les moins adhérents contre 5% chez les plus adhérents. Les décès par crise cardiaque ont augmenté de 12% pour chaque ppb d’augmentation de l’exposition au NO2 chez les moins adhérents, contre 4% chez les plus adhérents.

Cependant, l’ adhésion au régime méditerranéen ne semble pas protéger contre les effets nocifs d’une exposition prolongée à l’O3 . Le régime n’a pas réduit les décès de toutes causes, de crise cardiaque ou d’autres maladies cardiovasculaires associées à l’exposition à l’ozone.

Compte tenu des avantages qui ont été révélés par l’étude, il a clairement été démontré qu’un régime alimentaire riche en antioxydants, est tout fait cohérents avec l’hypothèse de départ de l’équipe de recherche voulant que les particules de la pollution atmosphérique causée par la combustion des combustibles fossiles affectent négativement la santé en induisant le stress oxydatif et l’inflammation.

Autrement, l’effet de l’ozone n’a pas été significativement atténué par un régime méditerranéen , de sorte que l’ozone affecte apparemment la santé cardiaque par un mécanisme différent.

Avec environ un quart de la population étudiée vivant où les niveaux de pollution de l’air étaient de 10 microg/m3 ou plus au-dessus de l’exposition la plus basse, il semblerait bien que l’adoption d’un régime méditerranéen a effectivement le potentiel pour réduire les effets de la pollution de l’air dans la population américaine.

Cependant, les limites de l’étude se situent à deux niveaux : (i) les informations diététiques n’ont été collectées qu’une seule fois, au moment de l’inscription ; (i) l’étude impliquait un pourcentage plus élevé d’Américains blancs avec des niveaux de scolarisation plus élevés que ceux représentés dans l’ensemble de la population américaine.

© Mary Caffrey (American Journal of Medecine), 2018


Références
Lim CC, Hayes R, Ahn J, Shao Y, Thurston GD (2018), « Air pollution, Mediterranean diet, and cause-specific mortality risk in the NIH-AARP diet and health study », Presented at the 2018 American Thoracic Society International Conference; San Diego, California; May 18-23, 2018; Abstract 17198.

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